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W-Fest 2019 : samedi

par François Zappa

En 2029, Skynet a presque éradiqué la musique sur Terre, mais un groupe de rebelles, appelé la W-Resistance, a décidé de riposter. Ce groupe de gothiques et d’amoureux des années 80 s’est inspiré de l’édition 2019 du W-Fest. Skynet m’envoie, moi, un T-80, à ce moment particulier dans le temps pour empêcher la naissance de la rébellion. J’arrive dans ce qui semble être un vestiaire d’une salle de sport. Des gens prennent une douche, dissimulés derrière des rideaux, dans la salle d’à côté. Je dérobe un pantalon et un T-shirt, puis je me rends au festival. Premier objectif de la mission : observation rapprochée et rapport détaillé sur tous les artistes.

SONO

Le premier groupe du jour, Sono, est un trio composé d’un chanteur/guitariste et de deux claviéristes. C’est l’anniversaire du chanteur. Il paraît que c’est une célébration populaire chez les Humains. Ils jouent quelques chansons : « Amplify », « Supersonic » (où le public commence à effectuer des mouvements appelés danse) et « Let Go ». Après cela, le chanteur essaie de faire un trait d’humour, disant qu’il est surpris de voir des gens jouer au Tetris pendant son concert. D’après la réaction du public, il réussit. Le groupe continue avec « Flames Get Higher », « All Those City Lights », une chanson dénonçant le fait qu’on laisse les immigrants se noyer (problème qui inquiétait les gens au XXI siècle) appelée « Somewhere Beyond The Sea », « Top of the World » et leur morceau le plus célèbre : « Keep Control ». Selon la performance du groupe et la réaction du public, mon analyse est plutôt positive.

SCHMUTZ

Vient ensuite le tour d’un groupe belge appelé Schmutz, qui signifie « saleté » en allemand. Les Humains n’ont jamais réussi à maîtriser le code binaire, ils ont donc besoin de différentes langues pour s’exprimer. Le son de leurs premières chansons est classifié comme new wave : le groupe joue avec énormément d’énergie « Turn The Pages » ou « Life Is A Merry Go Round », et ce, même si les Humains ne disposent pas de batteries. Un nombre considérable d’Humains s’est rassemblé pour voir ce groupe qui peu après montre son côté pop, avec « Against The Wall », la célèbre « Love Games », « On the Edge » ou « Holding On ». En dernier, ils jouent « Straight From The Heart ». Notre base de données manque d’informations sur les groupes belges, et cette unité parviendra à compiler des données pendant ce festival. Analyse finale : bon concert.

PORTION CONTROL

Les androïdes rêvent-ils d’EBM ? La musique au voltage élevé que Portion Control commence à jouer est interdite en 2029. C’est la première fois que cette unité a l’occasion de l’enregistrer. Il semblerait que ce soit la musique idéale à écouter quand aucune mission n’est en cours. Cette unité essaie de traiter toutes les données de cette incroyable musique : Dean Piavani chante et crie sans relâche tandis que John Whybrew lance des sons industriels. Mon corps électronique commence à avoir des dysfonctionnements en raison des rythmes insistants de certains morceaux : « Icon », « Hardman », « Hey hey », « Deadstar » et « Amnesia ». Données : le son du futur se trouve dans le passé.

SIGUE SIGUE SPUTNIK ELECTRONIC

Après avoir scanné le groupe, je suis entièrement sûr que ses membres sont humains. Ils commencent avec « Rocking Miss USA », puis continuent sur « Hey Jayne Mansfield Superstar! » où cette unité T-80 doit de nouveau vérifier que le guitariste est humain, car la façon dont il joue de la guitare ne l’est pas. Je compare les rapports précédents sur les concerts du groupe, et cette fois, le groupe a dépassé toutes les données enregistrées. J’enregistre les chansons « Teenage Thunder », « Boom Boom Satellite », « Success », « Atari Baby » (avec une ligne de basse qui me rappelle un autre groupe présent dans ma base de données, New Order), le hit « 21st Century Boy » et « Love Missile F1-11 ». Certains dysfonctionnements de mon unité centrale ont fait croire à cette unité que seulement quelques minutes se sont écoulées, alors qu’une heure est passée.

TYSKE LUDDER

Selon ma base de données, j’écoute de nouveau du pur EBM. Le groupe, Tyske Ludder, composé de Claus Albers à la voix, Olaf A Reimer à la programmation et de deux batteurs, obtient une incroyable réponse du public (la plupart sont Humains, bien que certaines personnes ne semblent appartenir à aucune catégorie) dès le début. La guitare espagnole dans « Bambule » est le seul moment de paix du concert. Ils dédient une chanson à Rutger Hauer, un acteur célèbre pour avoir incarné un androïde. Était-ce une preuve d’amitié envers cette unité ? Ils rendent aussi hommage à un groupe belge avec leur reprise de TC Matics, « Oh La La La ». Leur set inclut aussi « Naziss », « Meskalin » (où le chanteur porte un masque de Putin, mais tout le public sait qui il est vraiment) et le hit final « Panzer », où l’un des batteurs prend son tom pour le déposer en face de la scène. Cette unité devra étudier plus en profondeur ces individus : une compilation limitée à 111 exemplaires semble parfaite pour commencer. Vérification d’Amazon en cours… Vérification d’eBay en cours… Vérification de Discogs en cours…

PSYCHE

Psyche est l’une des raisons pour laquelle j’ai été envoyé au W-Fest. Sa musique est l’une des possibles sources de la rébellion. Accompagné d’un claviériste, Darrin Huss apparaît vêtu d’un T-shirt d’Opera, de Dario Argento. Il commence avec « The Quickening », puis joue une sélection de chansons de ses albums, comme « Uncivilized », « Youth of Tomorrow » (un très bon morceau du Maxi de 2017), « Truth or Consequence », « Angels Lies Sleeping » et « Misery ». Je dois recalibrer mes paramètres et placer ce concert au niveau de performance ultime. La chanson suivante, « Eternal », a un son magnifique. La tenue de Darrin change sans raison apparente avant « The Brain Collapses », puis le groupe continue avec une reprise de Q. Lazzarus, « Goodbye Horses », et « Unveiling the Secret ». Redéfinition des paramètres de qualité en cours…

LITTLE NEMO

Photo : Diana Mueller

Un autre objectif de ma mission est l’étude du groupe français de coldwave Little Nemo. En raison d’un dysfonctionnement, mon chronomètre interne m’a fait rater le concert. Cette unité a uniquement réussi à ramener des photos et des CD. Voir le groupe en concert est classé en tant que priorité numéro un.

ESCAPE WITH ROMEO

L’un des derniers concerts du groupe de dark wave Escape with Romeo a lieu au W-Fest (mais si le plan de Skynet réussit, ce sera le dernier concert pour tout le monde). Le groupe commence avec « Helicopters in The Falling Rain » et continue avec « Anteroom For Your Love », « Here Comes The Night », « Someone, Somewhere, Someday », « If Seeing Is Believing », « Somebody », « It’s Loneliness » et « Tears of Kali » (où cette unité remarque l’utilisation de lignes de synthé de qualité). Cette unité n’a jamais compris la signification d’élégance, mais cela doit s’apparenter à quelque chose du genre.

RATIONAL YOUTH

L’un des autres objectifs de la mission allait apparaître sur scène : Rational Youth. Le couple (Tracy Howe joue avec sa femme, appelée Gaenor) commence avec « Close to Nature », « This Side of The Border » (un morceau de leur dernier EP, Future Past Tense, de 2016), « Money And Blood », « Western Man » dans une performance électrique. Le son électronique du groupe, rappelant les années 80 avec une touche moderne, crée des courts-circuits dans mes hanches. La dernière partie du concert se compose de « Dancing On the Berlin Wall » (avec un fragment de « Song of Joy »), « Here It Comes Again », « Holiday In Bangkok », « City Of Night », et « Saturdays in Silesia ». Ce groupe vénère la Déesse Electricité, mais les Humains devraient les vénérer.

MESH

Le groupe suivant est Mesh. Si je n’avais pas étudié la façon primitive de s’alimenter des Humains, j’aurais juré que le groupe était une énorme batterie chargeant les piles du public nombreux. La prestation de Mesh est composée d’énergie pure sous la forme de « My Protector », « Just Leave Us Alone », « Runway » et « Leave You Nothing ». Mes transistors restent entièrement ouverts durant tout le concert, grâce à des morceaux comme le puissant « From this Height », « I fall Over », « The Fixer », « Born to Lie » et « Taken for Granted ». Charge terminée.

THEN COMES SILENCE

Certaines déficiences techniques empêchent cette unité d’assister à deux concerts à la fois. Ne devant pas se rendre aux toilettes, cette unité entièrement chargée utilise les dix minutes entre deux concerts pour voir une chanson du groupe Then Comes Silence. Le public est nombreux et le groupe offre une performance très intense et puissante pour les standards Humains. J’ai ajouté un voyage dans le temps à la fin du mois de septembre pour Madrid, afin d’assister à tout le concert. Pour rédiger le rapport, bien sûr.

LENE LOVICH

Mes microphones vérifient que Lene Lovich est toujours capable d’atteindre des notes élevées. Son concert se concentre sur ses classiques comme « Bird song », « One in a 1 000 000 », « I Think We Are Alone Now », « Telepathy », « Lucky Number » et « Home ». Le guitariste porte un T-shirt de Napalm Death, qui me rappelle l’une des premières attaques de Skynet contre l’Humanité. Bien que Lene Lovich ait commencé sa carrière il y a plus de 40 ans, sa performance est incomparable à ce que je peux trouver dans ma base de données.

BLUTENGEL

Faisant honneur à son nom, Blutengel (allemand pour ange de sang) présente un show très visuel où les chanteurs Chris Pohl et Ulrike Goldman réussissent à donner vie aux paroles et à l’atmosphère de leur musique. Le groupe joue « Into the Void », « Teufelswerk », « Dein Gott », « Bloody Pleasure », « Engelsblutt », « Alles » puis termine sur  « You Walked Again ». Les vampires font partie des superstitions des Humains, mais avec la musique de Blutengel, je comprends pourquoi les gens y croyaient.

KILLING JOKE

Photo: Patrice Hoerner

Avec 10 minutes de retard, Jaz Coleman apparaît, tel un fantôme (les Humains croient en la vie après la mort), devant la plus grosse foule du festival. À ses côtés se trouve Youth, le bassiste d’origine (cette notion de deuxième chance dans la vie est très importante pour les Humains). Le son du concert est incroyablement puissant, et se rapproche de la perfection (si cette notion existe chez les Humains). Le groupe commence avec « Tomorrow’s World », « Wardance », « Eighties » (le seul moment un peu commercial, en comparaison de la musique extrême proposée jusqu’alors). Le groupe joue ses classiques, comme « Seeing Red », « Total Invasion », « Exorcism », « Pssyche » ou « Pandemonium » dans la prestation la plus incroyable jamais enregistrée par cette unité. Le public se trouve dans un état d’euphorie totale que même cette unité commençait à ressentir.

THE HUMAN LEAGUE

Un groupe portant ce nom aurait interdiction d’exister dans le futur, ça ne fait aucun doute. À cause de son nom, ce groupe en tête d’affiche constitue mon objectif principal. Ils commencent avec « The Sound of Crowd » (justement, une foule nombreuse d’Humains assistait au concert), » Mirron Man » et « Heart Like a Wheel » (d’après mes données, les cœurs ne sont pas en forme de roue, ce doit être une erreur humaine), « Love Action », « Seconds » et « The Lebanon ». Les choristes chantent « One Hand in My Heart » (magnifiquement jouée), et le concert continue avec « Human » (il s’agit clairement d’une apologie à l’humanité), « Tell Me Why », « (Keep Feeling) Fascination ». Philip Oakey se change, et le groupe commence « Don’t You Want Me » (avec une longue introduction instrumentale). À ce moment, je souhaite ardemment être Humain. Le groupe quitte la scène, mais après quelques minutes (possibilités qu’ils aient perdu quelque chose : 50 %) et joue « Being Boiled » (avec une introduction presque industrielle), puis « Together in Electric Dreams ». Pendant un moment, les Humains et cette unité ont fait des rêves électriques.

NITZER EBB

Photo : Patrice Hoerner

Lors des précédents concerts d’EBM, quelque chose a créé des problèmes dans mon unité centrale. Et maintenant, l’un des plus célèbres groupes du genre se prépare à monter sur scène. Le groupe commence sur un rythme plus lent et mixe des morceaux ensemble : « Blood Money », « For Fun » et « Captivate ». Plus les morceaux s’enchaînent, plus la musique accélère. Pendant « Join in the Chant », ma base de données indique qu’il s’agit de pur EBM. Ils continuent sur leur incroyable prestation avec « Down On Your Knees », « Let Your Body Learn » et l’ultime « Murderous ».

La deuxième partie de ma mission commence : attribution des cibles principales et répression. Mais après ces 13 heures, mes données m’indiquent que Skynet a tort, que la musique est un élément positif, et que le W-Fest doit prospérer. Mission avortée.

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