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Interview : The Arch

par François Zappa

Un enfant sourd qui entend pour la première fois apparaît sur la pochette du disque Engine In Void de The Arch. À l’écoute de morceaux comme leur incroyable “Ribdancer”, les gens ont sûrement produit la même expression. Nous avons interviewé The Arch, que nous pourrons voir au DarkMad à Madrid (26 et 27 mars).

—Comment avez-vous démarré le groupe ? Certains d’entre vous étaient amis dans les années 1980, non ?

—CUVG, Ivan DC et Ian Lambert se sont connus dans les années 70, à un très jeune âge. On jouait tous dans des groupes méconnus, desquels est né The Arch en 1985. Mr Pierre a rejoint le groupe il y a 13 ans environ.

—La première référence du groupe est l’EP As Quiet As (1987). On remarque un son un peu plus rock que dans le reste du matériel du groupe. The Arch était un groupe de rock ? Pourquoi avoir décidé de changer et d’adopter un son plus électronique ?

—L’évolution de notre musique était (et n’était pas) un processus conscient composé de décisions rationnelles. Ça s’est juste produit. On était les esclaves de notre rêve. Pour le dire autrement : être créatif, c’est composer la musique qu’on entend dans notre esprit. Comme un peintre, qui essaie de rassembler ses visions sur une toile.

—”Babsi ist tod », la dernière chanson de l’album, est basée sur un personnage du livre Christiane F. Il s’agit d’une amie de Christiane, le personnage principal, morte à l’âge de 14 ans. Pourquoi avoir choisi d’écrire une chanson à ce sujet ? Connaissiez-vous des gens qui ont vécu une expérience similaire ? 

—En lisant le livre, on a été impressionnés par le fait qu’une jeune fille charmante pouvait tomber aussi bas à 14 ans. C’est pourquoi on a choisi d’écrire à ce sujet. En plus, même dans notre petit village de Breendonk, en Belgique, la même chose est arrivée à des amis de notre âge, qui sont désormais endormis à tout jamais. On ne veut pas jouer les prêtres moralisateurs, mais c’est un fait : en consommant de la drogue, vous en paierez le prix, aussi bien physiquement que psychologiquement. Et vos proches en subiront aussi les conséquences. On peut choisir d’en consommer en tant qu’adulte, mais pas en tant que jeune fille de 14 ans, selon notre humble avis. Les années 70 et les années 80 ont été une période d’étrange liberté. Presque tout était autorisé, sauf le meurtre. On pouvait conduire une voiture à la vitesse qu’on voulait, avoir des pratiques sexuelles, se battre lors des soirées, fumer devant sa salle de classe alors qu’on était un professeur, sortir pendant 48 h, jouer de la musique à 140 dB. Tout était normal. On a profité de cette liberté, mais elle a causé de nombreuses victimes.

—Que pouvez-nous nous dire sur la composition et l’enregistrement du premier album du groupe, A Strange Point of You (1988) ?

—À l’époque, on a commencé à travailler avec Ludo Camberlin, qui est devenu notre producteur. Il avait un studio à Bruxelles, où on a enregistré le LP sur un enregistreur à 16 pistes. Après l’enregistrement, Ludo a mixé et mastérisé l’album sur un enregistreur analogique de 2 pistes. Sur une table de mixage analogique sans mémoire, avec une machine de réverbération. C’était très artisanal, et complètement à l’opposé de l’abondance du numérique de nos jours. Cependant, on est toujours étonnés de la qualité du son que Ludo avait obtenue dans ce qu’on pourrait qualifier de conditions primitives. L’enregistrement s’est très bien déroulé, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il nous manquait une chanson pour remplir le LP. On a dû composer une toute nouvelle chanson dans le studio avec Ludo, « Under Attack ».

—Quelles étaient les influences du groupe ?

—Une longue liste de groupes new wave, des groupes de rock progressifs, des groupes de punk, etc. Des trucs comme Joy Division, The Sisters of Mercy, The Cult, Bauhaus, Wire, Nine Inch Nails, Pink Floyd...

—L’EP de 1989 inclut « Stay Lay », une chanson présentant un son plus new beat/EBM. Le groupe était-il intéressé par ces genres ?

—Encore une fois, cette évolution s’est produite de façon naturelle. D’un autre côté, on avait acheté de nouveaux instruments de musique avec de nouvelles possibilités techniques. Du coup, on pouvait explorer dans la direction de l’EBM. Ainsi, on a découvert de nouveaux moyens de traduire nos rêves en musique.

—Dans Messier Album (1990), on retrouve « After Orgasm ». Vous avez aussi une compilation appelée « Sex ». Diriez-vous que votre musique est faite pour faire l’amour ?

—Bien sûr. Notre conseil est le suivant : tout le monde, essayez ! Le texte d’« After Orgasm » parle de deux corps. Leur contact provoque un orgasme explosif. Malheureusement, ce voyage dans le bonheur ne sera pas éternel. Après avoir volé aussi haut, il faut revenir les pieds sur terre. Ce sera encore plus difficile quand on devra dire adieu à l’autre.

—Pourquoi dites-vous que In Sofa était un désastre ? J’ai lu que vous aviez eu des problèmes avec le mastering, souhaitez-vous le remasteriser ?

—C’était notre premier album sans Ludo Camberlin. On a dû faire l’enregistrement et le mixage nous-mêmes. À l’époque, on a aussi commencé à travailler avec une nouvelle maison de disque allemande, Novatekk. Ils nous avaient promis de s’occuper du mastering des morceaux. Ce n’est que quand on a reçu le CD qu’on a découvert avec horreur… qu’ils n’avaient rien fait. Pas de mastering… De nombreuses années plus tard, on a essayé de remasteriser les morceaux, mais on a vite abandonné. C’était sans espoir.

—Comment avez-vous eu l’idée de faire une reprise de « I Can’t Live in a Living Room » avec Peter Slabbynck? Red Zebra est le premier groupe qu’on a interviewé pour le W-Fest.

—On s’est rencontrés il y a longtemps. On a aussi donné des concerts ensemble (et on le fait toujours). On a fait la reprise de la chanson et on a invité Peter à chanter dessus. Un soir, il est venu enregistrer ses voix. On n’oubliera jamais cette soirée.

—La pochette d’Engine In Void est superbe : il s’agit du portrait d’un garçon sourd qui entend pour la première fois. Aimeriez-vous que les gens réagissent de cette façon la première fois qu’ils écoutent The Arch ?

—On aimerait. L’image a été réalisée aux alentours de l’année 1900. Ivan DC l’a trouvée.

—Dans votre album Fates (2016), on retrouve une chanson sur le chanteur de Spear of Destiny. Comment avez-vous eu cette idée ?

—Le 9 février 2013… D’abord, on devait se rendre aux funérailles du père de notre ancien manager, Lou De Buyser. C’était assez déprimant. Après la cérémonie, on est allés à la salle Das Bett, à Francfort. On devait jouer en première partie de Spear of Destiny. En backstage, Kirk Brandon nous racontait ses problèmes de santé. Son corps avait été une prison pendant des années… Pourtant, sur scène, il était plein de puissance et d’énergie. C’était un contraste impressionnant. En rentrant, on a décidé de composer une chanson sur cette contradiction fascinante. Kirk en était très content.

—Pour Fates, KGB de Simi Nah s’est chargé du mixage et du mastering. Il s’occupait également de mixer le groupe en live. Travaillez-vous toujours avec lui ? Quelle influence a-t-il eue sur l’album ?

—Kenny était un génie de la technique, il a fait un travail incroyable pour nous. Mais un jour, Simi et Kenny ont décidé de se rendre dans le sud de la France. On a dû chercher un nouvel ingénieur du son pour nos concerts, et c’est là qu’on a trouvé Henry. Par contre, on travaille toujours avec Kenny. Il a également mixé VIII et XII.

—On voudrait aussi vous questionner sur l’un de vos autres collaborateurs de la période : Chiffons Tales.

—On a travaillé avec elle pendant de nombreuses années. Elle a enregistré des voix, mais a aussi collaboré en composant et en écrivant les paroles. Elle est partie en raison de problèmes personnels, un divorce, etc. Malheureusement, aujourd’hui, on n’est plus en contact…

—J’ai lu à plusieurs reprises que le groupe n’est pas aussi célèbre en Belgique qu’il devrait l’être. Pensez-vous que ce soit à cause de la presse ? En Espagne, le groupe était célèbre au début des années 90. Si vous regardez les commentaires de la vidéo « Ribdancer’s », la plupart sont en espagnol.

—Lorsque vous composez une chanson et que vous la publiez, vous perdez le contrôle. Elle commence sa propre vie, vous ne savez pas où elle vous mènera et où elle se terminera. C’est l’anarchie. La naissance d’une chanson peut aussi être étrange. « Ribdancer » était à la base une ligne de synthé embryonnaire. Personne ne l’aimait. Un jour, on a décidé de la retravailler et de transformer cette ligne en riff de guitare. Ça a été la révélation. Lorsque Ludo Camberlin a entendu notre démo de “Ribdancer”, il a décidé de l’enregistrer immédiatement. Au final, elle a été très difficile à enregistrer en studio. Enfin, elle est devenue célèbre en Espagne, ce qui était complètement inattendu. Les chansons ne sont pas arrêtées par les frontières des pays. Bien sûr, la presse est importante, mais on n’a aucun pouvoir sur ce que deviendra une chanson. En Belgique, on est probablement l’un des secrets les mieux gardés…

—Vous avez dit que votre écrivain préféré est Jack Vance (écrivain américain de science-fiction). Certaines de vos paroles appartiennent à ce genre (par exemple, « Robot Sapiens »), mais d’autres sont ancrées dans la réalité. Était-ce plus facile pour vous d’écrire quelque chose basé sur la réalité, ou de laisser votre imagination courir ?

—Les deux. On n’a pas de limites. Il y a tant de thèmes sur lesquels on peut écrire de la musique et des paroles. Il suffit de se lancer.

—Les albums de The Arch sont assez étalés dans le temps. Pourquoi ?

—On est assez flemmards. On aime prendre notre temps. Les dates limites et The Arch… sont comme chien et chat. 

—Trois membres du groupe travaillent depuis longtemps ensemble. Vous avez dit que le groupe a survécu, car vous êtes amis, mais n’est-ce pas difficile d’être amis pendant aussi longtemps ?

—Bien sûr, il existe des tensions et des disputes sur la musique, à propos du rythme, des accords, des sons… Est-ce qu’on fait une chanson simple ou complexe ? Est-ce qu’on doit ajouter une piste ou pas ? Chacun a son opinion. On essaie de voir ces différences comme une source d’inspiration. Tout le monde essaie d’obtenir les meilleurs résultats depuis son propre point de vue. Être amis, c’est essentiel.

—Le nouvel album, XII, a été créé d’une autre façon. Chaque chanson devait être terminée et chacune devait sortir pour un mois de l’année. Au final, vous avez seulement sorti neuf singles, non ? 

—Normalement, un groupe compose une série de chansons. Ensuite, il se rend en studio pour les enregistrer. On a décidé de procéder autrement… de composer une chanson, d’écrire les paroles, de faire le mixage, le mastering, le clip, tout ça, morceau par morceau. On voulait sortir une chanson en fonction des mois. Ça aurait marché si un mois avait compté pour 66 jours. Finir une chanson par mois représentait vraiment beaucoup de travail pour nous. En plus, on devait également assurer nos concerts. On a décidé d’abandonner les dates limites mensuelles. Du coup, ça nous a pris plus de temps que prévu…

—Tous ces singles avaient chacun une vidéo, que vous avez faite vous-mêmes, non ? Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez procédé ?

—C’était assez intensif, ça nous a pris beaucoup de temps et d’énergie. Mais on est chanceux, CUVG est un réalisateur professionnel. C’est lui qui a dirigé l’enregistrement et l’édition des vidéos.

—Dans cet album, on retrouve une collaboration avec Blaine L. Reininger, dans la chanson « Cadaver Synod ». Comment est née cette collaboration ? Tuxedomoon a influencé le groupe ?

—C’est Mr Pierre qui a eu cette idée. Il a présenté la chanson à Blaine qui a accepté de faire les voix et ses acrobaties au violon. En effet, Tuxedomoon est l’une de nos influences. Même Ludo Camberlin était proche d’eux.

—Comment le groupe a-t-il vécu ces jours étranges de pandémie ? Je sais que votre tournée a dû être reportée. Je suppose que The Arch n’a pas pu  répéter pendant quelque temps ?

—En Belgique, nous avons été confinés pendant 3 mois. On n’a donc pas pu répéter ou composer de la musique ensemble pendant cette période. Mais on composait de nouvelles chansons chez nous, qu’on s’envoyait par la suite en ligne. Chaque week-end, on s’appelait sur zoom avec une bière, pour voir ce qu’on pouvait faire. On a fait une nouvelle version de « Cocks Populi » pour diffusion en ligne uniquement…

Tous nos concerts ont été annulés ou reportés à l’année prochaine. Après 3 mois, on s’est de nouveau réunis et on a commencé à créer de la nouvelle musique et à répéter. Ce qui était vraiment chouette, après tout ce temps !

—Vous avez donné un concert en ligne au Foyer Culturel de Montigny le Tilleul. Comment avez-vous vécu le fait de jouer dans une salle vide ? Vous vous êtes également produits au cours d’une date « normale ». Comment était-ce ?

—C’est vrai que nous avons joué deux concerts. Le premier était en plein air et à guichets fermés. C’était un peu étrange d’avoir un public assis et contraint de porter un masque tout le temps. On ne discernait aucune émotion sur leur visage. On ne sentait pas du tout sentir leur énergie, mais on a tout de même adoré, parce que on était ravis de pouvoir rejouer après tout ce temps. Et apparemment, le public a aimé ça aussi, mais c’était plutôt étrange.

Le second concert était une date en diffusion en direct, sans aucun public dans la salle, seulement une caméra et les techniciens. C’était vraiment particulier, mais on a imaginé que la caméra était une porte donnant sur la maison de notre public. On a eu plus d’énergie avec cette seconde date et on savait qu’environ 3000 personnes ont assisté au concert depuis chez elles. Donc en cette période, c’est important de faire des concerts de ce genre. C’est la seule manière d’offrir de la musique live à nos fans. Mais pour être honnêtes, on espère pouvoir revenir dès que possible à des concerts « normaux ».

—Que pouvons-nous attendre du futur concert du groupe au DarkMad ?

—On a hâte de jouer au DarkMad à Madrid. La dernière fois qu’on est venus remonte à plus de huit ans. On jouera le nouvel album, mais également quelques classiques. On donnera absolument tout ce qu’on a sur scène et on espère atteindre un maximum de personne avec notre musique. Il y aura de nouveaux visuels sur scène. On espère que tout le monde sera là !!

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