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Interview : Hapax

par François Zappa

Hápax ou hápax legómenon, qui vient du grec, est une référence à un mot ou à une expression qui n’est documentée qu’une seule fois par une langue, un auteur ou un texte. Ce sentiment de singularité se retrouve également dans la musique du groupe de darkwave/post-punk Hapax. Nous avons profité de leur tournée en Espagne, organisée par All Waves, pour parler avec eux : ils passeront le 24 par Barcelone, le 25 par Valence, puis le 26 par Madrid. La vente des tickets ne se fera qu’à l’entrée de la salle.

—Quels groupes ont influencé Hapax? Des groupes italiens en particulier ?

—Chaque artiste est influencé par la musique des autres. On a grandi en écoutant les premiers albums de Litfiba en particulier et la scène italienne new wave en général. Il serait difficile de nommer tous les groupes qui ont en quelque sorte affecté notre processus créatif sans en exclure aucun.

—Que pouvez-vous nous dire sur débuts du groupe? Hapax est né plus ou moins en même temps qu’Ash Code, les connaissez-vous personnellement ? Les deux groupes partagent également le même label.

—On jouait avec d’autres groupes dans le passé, donc on a toujours participé activement dans des projets musicaux. Le groupe s’est créé un peu par hasard, pourrait-on dire. Mais cette inspiration précise, cette ambiance Hapax, était déjà dans nos esprits depuis assez longtemps. On a composé quelques morceaux, des ébauches à l’époque. Quand Valerio Lovecchio (Swiss Dark Nights) les a entendus, il a immédiatement voulu qu’on fasse partie des artistes produits par son label. C’est ainsi qu’on a commencé à travailler sur notre premier album. Notre amitié avec Ash Code remonte à loin, avant la sortie de leur premier album. Avec Geometric Vision (qui sont également des amis proches et qui ont signé pour le même label), on allait dans les mêmes discothèques et on a souvent eu la chance de partager la scène avec eux, en Italie comme à l’étranger. Notre genre de musique semble vivre un grand moment dans la ville où on est tous nés (Naples), et c’est vraiment enthousiasmant.

—Avec un nom comme Hapax et un album appelé Monade, essayez-vous d’avoir un concept commun ?

—En choisissant le nom Hapax, on a cherché à se remémorer nos racines grecques anciennes, nos origines, ainsi qu’un sentiment d’unicité. D’autre part, il est vrai que pour chaque album, on essaie toujours d’identifier un concept, qui relie toutes les chansons: l’identité thématique, en tant qu’unité structurelle de nos œuvres, représente un Leitmotiv, comme un chemin à suivre ou un voyage.

—Pourquoi avoir écrit une chanson sur le philosophe italien Giordano Bruno dans votre premier disque? Pourquoi avez-vous retiré cette chanson de la réédition/réenregistrement de 2018?

—On a composé cette chanson en l’honneur d’un grand savant et philosophe né dans notre pays, dans une ville près de Naples. Ses études et ses réflexions étaient très proches du concept qu’on a essayé de développer dans le premier album Stream of Consciousness. Le son et l’atmosphère créés par la chanson en question sont légèrement différents de ce qu’on fait d’habitude. Du coup, on considère que c’est plutôt un morceau fantôme. C’est la raison pour laquelle on a décidé de l’exclure de la deuxième version. Juste un choix stylistique, qui avait également été déterminé par un besoin pratique, celui de respecter la limite de longueur du vinyle.

—Depuis Cave, Alessandra Policella a écrit la plupart des paroles. Comment travaillez-vous ensemble? Est-ce que le groupe lui donne un sujet ou une idée? Ou écoute-t-elle la musique et écrit-elle les mots par elle-même?

—Depuis le tout début de notre projet musical, Alessandra a contribué au développement du groupe, notamment d’un point de vue conceptuel. C’est à elle qu’on doit l’idée du nom Hapax, puis elle a écrit presque toutes les paroles des chansons. En général, on travaille toujours ensemble, on parle beaucoup et chaque idée peut permettre d’écrire une chanson ou un texte. Parfois, c’est de la pure magie: elle écoute la mélodie d’une chanson pendant la simple phase de composition et, inspirée par son atmosphère, elle détermine le sujet sur lequel elle va écrire.

—L’année dernière, en juin, le groupe a sorti Monade, votre dernier album à ce jour, qui a figuré dans beaucoup des meilleures listes de l’année. Je suppose que vous devez être vraiment satisfait de cela. Selon vous, pourquoi l’album a été aussi bien reçu ?

—Aucune idée. On compose notre musique, instinctivement, selon notre inspiration et nos émotions. Mais ce n’est pas à nous de déterminer ce qui est apprécié de nos travaux. Bien sûr, on est fiers d’avoir obtenu de si bonnes réactions, nos efforts ont payé.

—Comment le son du groupe a-t-il évolué avec l’incorporation d’un batteur?

—Pour le nouvel album, on voulait obtenir un son plus profond, plus vital et plus ancestral, donc l’inclusion d’un vrai batteur semblait être le meilleur choix. On avait besoin d’un son plus chaud et plus dur produit par les peaux d’une vraie batterie, au lieu d’une batterie électronique, même si le son est resté globalement électronique. On a décidé d’en faire de même pour les concerts, et on est satisfait du résultat final.

—Étant espagnol, je m’intéresse toujours au reste des scènes gothiques latino-américaines. Que pouvez-vous nous dire de votre tournée mexicaine et sud-américaine fin 2018?

—Aujourd’hui, la scène musicale sud-américaine est en pleine tourmente. Quand un groupe joue là-bas, on peut réellement ressentir l’enthousiasme dans l’air. Le public participe beaucoup au concert, les promoteurs locaux investissent de l’argent et du temps dans la musique. C’est une expérience incroyable. On a eu deux fois la fantastique opportunité de jouer à Mexico, et on a reçu d’excellents retours à chaque fois. On a rencontré des gens vraiment passionnés ainsi que des organisateurs et propriétaires de clubs très professionnels.

—L’année dernière, on a pu voir beaucoup d’artistes italiens à Madrid: Frozen Autumn, Ash Code, Winter Severity Index, Be Forest … Pensez-vous que la scène italienne vit actuellement un pic créatif?

—En fait, depuis plus de dix ans, la scène italienne apporte une énorme contribution à la scène musicale post-punk/coldwave. En plus des groupes que vous avez mentionnés, il y en a encore beaucoup d’autres qui ont composé de superbes albums, largement distribués, et pas uniquement en Italie. On est contents de les voir jouer de plus en plus souvent dans des festivals importants, partout dans le monde.

—Je lis actuellement Gomorra et je dois vous demander, avez-vous déjà eu des problèmes avec la mafia ou étiez-vous tenté d’écrire à ce sujet?

—Chaque pays a sa mafia et ses problèmes. Au cours des dernières années, notre réalité locale a été décrite à travers des séries télévisées et des livres comme Gomorra, donnant à de nombreuses personnes du monde entier l’impression que notre ville doit être identifiée avant tout à ces aspects criminels et à ses problèmes sociaux. Mais ça ne se limite pas à ça. Notre deuxième album Cave est aussi en partie un hommage à notre ville, avec ses côtés sombres merveilleux et complexes.

—Que pouvons-nous attendre de votre tournée espagnole?

—Contrairement à nos derniers concerts en Espagne, vous assisterez à un show renouvelé, notamment grâce à notre troisième membre du groupe sur scène. En outre, on a plein de nouvelles chansons en stock. Venez nous voir, et vous verrez…

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