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Interview : Ductape

par François Zappa

Le trou de serrure que l’on retrouve sur la pochette de Labirent (labyrinthe en turc) nous laisse entrevoir l’univers riche et sombre du duo Ductape. À présent, on attend leur nouvel album, une œuvre qui élargira notre vision du groupe stambouliote et qui nous accompagnera sûrement durant les derniers mois d’hiver. Ils présenteront leurs chansons pour la première fois en Espagne, ce jeudi à Madrid, à Bizarro.

—Vous avez formé Ductape en 2019. Qu’est-ce qui vous a poussés à créer le groupe ?

Oui, on a eu l’idée de créer Ductape en 2019. Furkan a une longue histoire en tant que musicien, mais pas moi (Çağla). Il m’a suggéré de composer une musique qu’on aime tous les deux. Le développement de cette idée progressait, et, soudain, je me suis retrouvée à chanter et à jouer pour la première fois.

—Furkan, tu as fait partie d’Apartmanlar et de Softa. Que peux-tu nous raconter de ces groupes et de ton expérience avec eux ? Tu as également collaboré sur un EP de Deli Gömleği, non ?

—Softa est un groupe punk/post-punk où je jouais quand j’étais à l’université. On a sorti deux albums jusqu’à présent. Pour le moment, le groupe fait une pause. Peut-être qu’un jour, dans le futur, on se réunira à nouveau.

Apartmanlar est un groupe de post-punk/noise rock formé en 2018. On a sorti deux EP et on travaille sur quelques nouvelles chansons en ce moment. Apartmanlar est composé de 6 personnes et de deux batteurs, ce n’est pas facile de répéter. L’année dernière, on a dû annuler des concerts à cause de la pandémie. J’ai hâte de jouer en direct, car notre performance sera certainement démente et intéressante.

En ce qui concerne Deli Gömleği, j’ai participé à l’enregistrement d’un EP et joué de la basse à l’occasion de quelques concerts. J’écoutais leur musique depuis longtemps et je me suis bien amusé en jouant avec eux.

—Pendant ces deux années après la création du groupe, pensez-vous que la scène dark turque s’est développée ?

En fait, la Turquie possède un grand potentiel, mais peu de salles pour soutenir et accueillir la musique underground. Chaque jour, la scène grandit, mais encore aujourd’hui, les groupes se comptent sur les doigts d’une main. Art Diktator et She Past Away sont à la tête de la scène turque depuis un certain temps.

—Çağla, quelles sont tes influences pour les paroles ? Tant sur le plan thématique que stylistique.

Le monde chaotique dans lequel on vit. J’aime exprimer ma rage, une rage dépeinte à l’aide des contradictions que je vis et celles des autres. J’utilise des mots contrastés et des éléments de la vie. Pour ce qui est du plant stylistique, je n’ai pas vraiment de réponse. J’exprime toujours une partie de moi dans mon propre monde de mots.

—Çağla, tu t’occupes de la partie visuelle du groupe. Comment visualises-tu Ductape ?

J’écoute les chansons à plusieurs reprises, à différentes heures de la journée, et j’essaie de voir ce que je ressens, sans perdre de vue ce que j’ai ressenti au moment de leur composition. Pendant la création de l’album Labirent, j’ai fermé les yeux et je me suis imaginée coincée dans un labyrinthe. Je cherchais à en sortir tout en y prenant quand même du plaisir. Je me suis rapprochée d’une porte et j’ai regardé par le trou de la serrure, pensant qu’elle s’ouvrirait sur un nouveau monde. Au final elle n’ouvrait que sur un autre labyrinthe. Chaque pièce, chaque couloir représentait une chanson. Enfin, la pochette de l’album présentait le dessin primitif d’un trou de serrure.

—Pensez-vous que le fait de vivre à Istanbul a influencé votre son ?

Absolument ! Istanbul est une ville immense et bondée, chargée d’histoire. On le sent. Dans cette ville intéressante s’entremêlent tradition et modernisme. Dans les rues, on ressent la tension, le chaos et le stress. Puis vous entrez dans un bâtiment et vous vous retrouvez à danser avec insouciance jusqu’au matin.

—Furkan, tu as cité DNA parmi les groupes que tu aimes. Penses-tu qu’on entend leur influence dans ta musique ? Qu’aimes-tu chez le groupe de musique no-wave d’Arto Lindsay ?

Quand j’ai écouté pour la première fois DNA, j’ai été impressionné par le jeu de guitare. J’ignorais qu’il était possible d’en jouer de cette façon ! J’ai pris conscience que la musique n’est pas seulement une question de mathématiques ou de notes, et qu’elle peut être jouée avec une tout autre technique. Combiner le bruit avec des effets sonores peut être un moyen de s’exprimer. On retrouve l’influence de ce groupe surtout dans le son de mes guitares dans Apartmanlar et Softa. Quant à Ductape, on l’entend dans les effets de ma guitare et mon style de jeu. Arto Lindsay a influencé beaucoup de gens et a ouvert la voie à de nouveaux genres.

—Le son de votre premier EP Little Monsters sorti chez Tamar Records en juin 2020 est assez différent de ce que vous avez fait plus tard avec Labirent. Il est plus agressif et rapide. Même Çağla chante d’une manière différente. Quand et comment avez-vous décidé de changer de style pour le rendre plus darkwave ?

Pendant la création de Little Monsters, on était dans une phase de notre vie où tout allait vite. Par conséquent, les chansons de l’EP avaient un BPM plus élevé. Avec la pandémie, comme tout le monde, notre vie a été ralentie. On a commencé à écouter notre voix intérieure. On avait plus de temps pour penser à notre musique, mais on n’avait pas prévu de changer quoi que ce soit. Ce changement s’est fait naturellement. On a amélioré notre musique ensemble.

—Que pouvez-vous nous dire de l’enregistrement de Labirent pendant la pandémie ? Était-il difficile de travailler dans ces conditions ?

On a enregistré l’album avec le matériel de notre home studio. On n’a pas trouvé ça si difficile. Par contre, je me demande ce qu’en pensent nos voisins. On ne travaillait pas, on avait donc beaucoup de temps pour travailler sur l’album. On enregistrait dès qu’on en avait envie. Un studio en Nouvelle-Zélande s’est occupé du mixage, alors oui, pas facile de gérer le décalage horaire. Heureusement, on n’a pas eu beaucoup de corrections à apporter.

—Les paroles de « Wooden Girl » parlent de violence domestique. Pensez-vous que la musique peut amener les gens à réfléchir à ce genre de questions sociales ?

L’art a toujours un grand impact sur les masses. Si on arrive à sensibiliser les gens, ça nous suffit. Une chanson peut nous permettre de découvrir ce dont les journaux ne parlent pas.

—Swiss Dark Nights a également publié votre performance live enregistrée à Radyo Modyan. Vous pouvez nous en dire un peu plus ? Vous aviez un batteur pour ce concert, avez-vous l’habitude de jouer avec lui ?

On n’a pas pu donner de concerts à l’époque à cause de la pandémie. On avait une interview avec Radyo Modyan et l’idée de tourner une performance en direct est née ce jour-là. Le batteur est l’un de nos amis. Il joue également avec Apartmanlar et Softa. On lui a demandé s’il voulait participer au tournage de la performance en direct. On a pensé qu’enregistrer une vidéo était une bonne idée. Voyager en duo est plus facile, on n’a donc pas eu l’occasion de rejouer avec lui.

—Dans l’une de vos critiques, j’ai lu que vous aviez des mélodies tribales et anatoliennes. La musique turque vous influence-t-elle également ?

Inconsciemment, c’est sûrement le cas. On a entendu cette musique toute notre vie. Elle fait partie de notre culture.

—Votre nouvel EP, Araf, comprend des remixes de HAPAX, Delphine Coma et N.L.P. Pourquoi avoir choisi ces artistes ? N.L.P est un nouveau projet turc, non ?

On les a choisis, car on les adore. On a suivi et apprécié leur travail. Lorsqu’on a eu l’idée d’inclure des remixes dans l’EP, ces trois groupes nous sont tout de suite venus à l’esprit. N.L.P a été créé il y a quelques années. Matt fait des rythmes plus électroniques. Ça tombe bien, car on voulait une nouvelle perspective sur notre chanson. HAPAX et Delphine Coma sont nos amis de Swiss Dark Nights. C’est ainsi qu’on s’est rencontrés. Vu le résultat incroyable des remix, on sait qu’on a fait le bon choix.

—Vous avez récemment joué quelques dates au Mexique, comment avez-vous vécu cette expérience ?

Le Mexique est incroyable ! Les gens sont très sympathiques et extrêmement dévoués à la scène. On a joué avec Schrödinger, un incroyable duo mexicain. On a également eu la possibilité d’assister aux concerts de groupes locaux, qu’on a adorés. On avait entendu beaucoup d’éloges sur la scène mexicaine, mais elle a dépassé nos attentes en bien des aspects. On a hâte d’y retourner.

—Vous avez collaboré avec le projet italien Chemical Waves, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Cette collaboration va paraître dans le nouvel album de Chemical Wave 2022 ?

C’est toujours un plaisir de collaborer avec d’autres projets, cela nous donne une perspective différente. Quand Chemical Waves nous a contactés, on a pensé que ce serait intéressant pour les deux parties. Les paroles étaient écrites en turc, c’était nouveau pour lui. Un vidéo-clip est également prévu pour la chanson. C’était vraiment amusant de travailler avec Chemical Waves. J’ai hâte d’écouter le nouvel album, y compris notre collaboration.

—Comment le groupe a-t-il vécu cette époque de Covid ? Avez-vous de nouveau des restrictions en Turquie ?

Cette période a été difficile pour nous, comme pour tout le monde. On a essayé de la transformer en une période positive en composant un album. Pour pouvoir jouer, il faut être vaccinés, sans compter le couvre-feu. La musique doit s’arrêter à minuit avant que tout ne se transforme en citrouille.

—Votre nouvel album est prévu pour janvier. Vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Le prochain album s’appelle Ruh. On est absolument ravis de ce projet. Cette fois, une version sur vinyle est également prévue.

—Quels sont vos projets pour l’avenir ? Plus de concerts en Europe ?

On a bien l’intention d’atteindre autant d’oreilles que possible. Sur scène, on se sent en vie, et on souhaite partager ce sentiment avec plus de gens chaque jour. À cause de la pandémie, les concerts se sont raréfiés, voire ont été annulés. Avec un peu de chance, lorsqu’on pourra voyager plus facilement et que les restrictions seront enfin levées, on aura la possibilité de donner plus plus de concerts en Europe.

—Que pouvons-nous attendre de votre concert à Bizarro ?

Madrid sera notre premier concert en Espagne et on est impatients d’y être. Nous allons jouer toutes nos chansons du nouvel album Ruh ainsi que de Labirent.

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