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Interview: Trans-X

par François Zappa

Le morceau de Trans-X, « Living On Video », possédait un son futuriste en cette lointaine année 1983, comme une musique robotique pour un lendemain plein d’espoir. Le XXI siècle n’a pas été aussi agréable qu’on aurait pu le penser à l’époque, mais le projet de Pascal Languirand est toujours là pour nous faire rêver. Nous pourrons écouter ses tubes et entendre à quoi ressemble la musique « psy energy » le 24 juin au Sinner’s Day Summer sur la plage belge d’Ostende.

—Tu as commencé à faire de la musique électronique prog, influencée par des groupes comme Tangerine Dream, et par la période où tu composais des bandes-son et de la musique pour des publicités. En outre, tu as enregistré deux joyaux cachés : Minos et De Harmonia Universalia. Tu peux nous parler un peu de cette époque ?

—J’ai commencé ma carrière en composant et en produisant de la musique pour des séries télévisées. Les premiers groupes de musique électronique et les bandes-son spatiales qu’ils composaient ont eu une importante influence. J’étais très timide et j’avais du mal à interagir avec les autres, alors je composais cette musique spatiale pour échapper à la réalité. En fait, j’adore ces sons, ils m’aident à me détendre. Je me considère comme un très bon compositeur du genre.

—Le nom du groupe vient d’un disque de Kraftwerk, Trans Europa Express. Qu’est-ce qui te plaît chez eux ?

—J’adorais Kraftwerk, c’était un groupe rétro futuriste très « minimal ». Voilà pourquoi j’ai choisi de nommer mon groupe Trans Europe Express : Trans-X (TRANS Europe eXpress)

—Au début des années 80, tu fréquentais les membres de Rational Youth (nous avons également interviewé Tracy Howe) et de Men Without Hats. Quels souvenirs as-tu de cette époque au Canada ?

—À l’époque, on pouvait acheter un synthé pour le même prix qu’une guitare et un ampli. J’ai donc commencé à acheter plusieurs synthés pour composer. J’ai laissé ma guitare de côté et suis devenu fan de synthpop. C’était aussi l’époque des arcades de jeux vidéo, et des premières consoles. J’ai donc composé « Living On Video » après avoir fréquenté ces arcades.   Tous ces groupes des années 80 composaient de la musique rétro futuriste. Gary Numan, etc. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à fréquenter des clubs avec mon camarade de classe Ivan, de Men Without Hats. On allait à la même université.  Les années 80 ont été très créatives.

—Ton morceau « Living On Video » était inspiré par le film Tron et l’idée de vivre à l’intérieur d’un jeu vidéo. Aujourd’hui, il est possible de mener une vie virtuelle, en raison du développement des jeux vidéo. C’est quelque chose qui t’intéresse ? Tu aimerais composer une musique pour un jeu vidéo ?

—« Living On Video » a été utilisé dans un jeu vidéo. Je suis ouvert à l’idée de composer d’autres morceaux pour les jeux vidéo. Mais pour l’instant, je me concentre davantage sur mon nouveau concert. J’aime me produire en direct.

—Pourquoi ton deuxième album, Living On Video, a la même pochette que le premier album, mais des titres différents ? N’est-ce pas déroutant pour les personnes qui ont déjà acheté le premier LP ?

—Oui, ça prête à confusion, mais Living On Video a remporté un franc succès dans différents pays à des années différentes. L’album a donc été « actualisé » plusieurs fois. En 1983, il est sorti pour la première fois au Canada et aux Pays-Bas. Plus tard, en 1984, il a connu un grand succès en Allemagne et dans le reste de l’Europe, au Mexique, etc. En 1985, il est entré dans les hit-parades au Royaume-Uni et en 1986, aux États-Unis. C’est à cette époque que j’ai déménagé à Los Angeles, en Californie.

—D’après toi, le HI-NGR a grandement influencé les styles ultérieurs, comme l’EBM. Tu peux nous en parler ? Comme tu as vécu en Espagne pendant quelques années, tu connais sûrement la scène valencienne des années 80. Je pense qu’on peut facilement y retrouver la trace de l’influence de ta musique.

—« Living On Video » était une chanson synthpop, mais aussi un incroyable morceau de dance music. Un hit.  Elle a été étiquetée comme appartenant au Hi Energy au Mexique, mais dans d’autres pays, elle faisait partie du genre Euro Dance ou synthpop. La dance music évolue et se transforme en permanence. J’ai pris des cours de danse jazz dans les années 80, j’adorais danser, mais à présent je me concentre surtout sur mon synthé 🙂

—À ton avis, pourquoi On My Own n’a été une réussite ? Les goûts du public avaient changé ?

On My Own n’était pas assez dance music et bien trop pop. J’imagine que c’est pour ça qu’il n’a pas bien marché.  La house gagnait aussi du terrain. Disons que le disque est sorti au mauvais moment.

—Dans une interview, tu as avoué avoir eu quelques problèmes avec les labels avec lesquels tu as enregistré tes premiers albums. D’après ton expérience, comment étaient les gros labels des années 80 ?

—Dans les années 80, si tu voulais un contrat d’enregistrement, tu devais renoncer à la plupart de tes droits et leur donner ton premier enfant 🙂  Aujourd’hui, rien n’a changé. Les labels gagnent 95 % des revenus du streaming, etc. Gagner sa vie en tant qu’artiste est un véritable défi.

—Tu as arrêté avec Trans-X en 1988 et tu as enregistré quelques albums d’ambient, comme SOMA avec Jacques Languirand. C’était ton père ? Qu’avez-vous trouvé d’intéressant dans l’ambient ? Sagit-il d’une sorte d’évolution de tes premières œuvres ?

—En 1989, j’ai divorcé et je suis revenu de Los Angeles à Montréal, au Canada. J’ai fait une grosse dépression et je me suis remis à produire de la « musique spatiale ».  La dance ne m’intéressait plus. J’ai produit à l’époque l’album Gregorian Waves entièrement chanté en latin et en vieux français, l’un de mes meilleurs en dehors de la dance.

—Tu fais ton grand retour avec Tran-X en 1995 avec Trans-X’Xcess. Pourquoi as-tu décidé de reprendre ce projet ?

—J’avais un ami à Barcelone en Espagne qui voulait investir de l’argent dans un nouveau disque de Trans-X. Je voulais tenter de produire de nouveau de la dance et de revenir sur la scène de la pop.

—En 2012 avec l’album Hi-NGR et plus tard avec Dreams Are Made Of Fantasies, tu as inclus des titres originaux et de nouveaux remixes de certaines de tes chansons classiques. Je donne ces albums en exemple, mais tu l’as toujours fait. Tu aimes actualiser le son des chansons ou bien es-tu plutôt à la recherche de leur version définitive ?

—Je ne suis jamais totalement satisfait d’un morceau et j’essaie plusieurs fois de faire une meilleure version d’une chanson jusqu’à ce que je trouve la bonne façon de la produire. Mais il existe de nombreux styles de dance et j’aime produire plusieurs versions et mixes d’un morceau.

—Dans 010101 de 2001 et The Drag-Matic album de 2003, tu as inclus des chansons en espagnol. Quels groupes espagnols t’ont influencé ? Comment s’est passé ton séjour en Espagne ?

—En fait, j’ai été viré du groupe quand j’étais en Espagne. Ils pensaient que Trans-X fonctionnait mieux en tant que groupe de Drag Queen. Je ne gagnais pas d’argent à l’époque avec Trans-X, j’étais très déprimé, j’ai donc abandonné la musique pour commencer une nouvelle carrière en créant des sites web pour des clients. À l’époque, je programmais avec Dreamweaver, Flash, etc. Je produisais également des vidéos pour des groupes. Je pensais que ma carrière en tant que musicien était révolue.

—Luana Viana est ta femme et nouvelle chanteuse, non ? Qu’a-t-elle apporté au son de Trans-X ? J’ai lu que l’influence psy-trance de l’album vient d’elle, non ?

—Tu as raison, Luana m’a fait découvrir la psychedelic trance.  J’adore ce style de musique. C’est une évolution logique du Hi Energy. Nous avons donc incorporé des éléments de psy-trance dans les nouveaux morceaux.  Ce style hybride conserve toutefois la plupart du son Hi Energy, il est simplement actualisé.

—Ton dernier EP s’intitule Psy Energy et consiste en quatre remixes d’anciennes chansons. On pourrait le considérer comme un grand pas en avant après tes sorties de 2013, Trance versions. Dans celui-ci, tu faisais d’abord des versions « trance » de tes chansons, tandis que dans le nouveau, tu mixes la trance avec ton propre son Hi-NRG, n’est-ce pas ?

—Exact. C’est un son actualisé pour présenter le Hi-NRG à la jeune génération.

—Tu as composé la bande-son du documentaire Discolocos de David Dávila, comment s’est passée cette expérience ? Le documentaire porte sur le Hi-NRG en Amérique latine, non ?

—Le film porte sur le mouvement Hi-NRG à Mexico. Il est étrange de constater que ce style de musique est encore très présent là-bas.  J’ai adoré produire à nouveau de la musique Hi-NRG pour le film.

—J’aimerais qu’on parle de Cybernium, l’un de tes projets parallèles. Tu as travaillé avec Michel Huygen, qui a sorti des albums intéressants de musique électronique en Espagne à la fin des années 70 avec Neuronium. Comment est née cette collaboration ?

—Je préfère ne pas parler de cette partie de ma vie en Espagne. On m’a volé beaucoup d’argent. J’ai dû recommencer ma vie, et abandonner la musique pendant plusieurs années. En 2004, je suis rentré à Montréal. J’étais ruiné, sans le sou, et j’ai dû aller dormir sur le canapé de ma sœur. Plus tard cette année-là, j’ai été admis dans un hôpital psychiatrique en raison d’un trouble de la personnalité limite. C’est là que j’ai touché le fond. Après ça, je ne pouvais que renaître de mes cendres…

—Tu vis au Mexique depuis 2008. Tu as déménagé à Merida il y a peu, pas vrai ?

—Après avoir vécu seul pendant près de 15 ans à Mexico, et après un an de conversation par chat vidéo, j’ai envoyé à Luana un billet d’avion et lui ai demandé de venir vivre avec moi à Mexico. Nous nous sommes mariés en 2021 (elle est brésilienne). Plus tard, nous avons décidé de déménager à Mérida, dans le Yucatan. C’est ici que nous avons monté notre nouveau studio Hangar Sónico, avec notre ami et nouveau membre de Trans-X Ramón Serratos, DJ Rams. Nous adorons cet endroit, mais il y fait très chaud pendant la moitié de l’année.  Par contre, la plage n’est qu’à 30 minutes.

—Au Mexique, tu as créé ton propre label, Skypark Records. Quels sont tes projets pour ce label ? As-tu un nouvel album de prévu ?

—En fait, j’ai créé un label appelé LOV RECS à Mexico en 2009, mais j’ai vendu mes parts dans la société il y a deux ans. Skypark n’est pas mon label. Je veux juste être un artiste et je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans un label, sauf pour produire de nouveaux talents.

—J’ai lu que l’un de tes projets est une sorte de performance avec de la danse, de la trance et des sons pré-hispaniques. Tu peux nous en dire un peu plus ? Ce projet s’appelle Teyolia, non ?

—Oui, Teyolia est un projet avec des danseurs pré-hispaniques Guerreros Águilas (Les Guerriers Aigles). La musique est presque terminée. Nous sommes en train d’incorporer des chants traditionnels dans les morceaux et nous présenterons le tout sous forme de spectacle multimédia à l’avenir.

—Que peut-on attendre de ton concert au Sinner’s Day ?

—Au Sinner’s Days Festival, nous présenterons le nouveau show live avec de la musique psy-energy, incorporant mon synthé et la guitare électrique de Luana. Nous avons eu de très bons échos de ce nouveau concert. Je ne m’attendais pas à une réaction aussi enthousiaste à ce nouveau style. Je pense que ce nouveau projet est mon meilleur depuis Living On Video.

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