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Interview : The Cassandra Complex

par François Zappa

Dans leurs disques des années 80, The Cassandra Complex nous montrent la musique du futur, mais nous, en raison de leur nom, nous le les avons pas crus. Aujourd’hui, nous devons reconnaître notre erreur alors que nous nous préparons de nouveau à la commettre. Nous avons parlé avec Rodney Orpheus de beaucoup de choses, entre autres, de jeux vidéo. Ils partageront leur folie avec nous au DarkMad.

—Le concept de « complexe de Cassandre » provient d’une tragédie grecque, et désigne les situations où on ne croit pas un avertissement légitime. Pourquoi avoir choisi un tel nom ? Le groupe a-t-il prédit quelque chose auquel personne ne croyait et qui s’est finalement produit ?

—Oui, ça a toujours été l’idée depuis le début. On sentait qu’on créait quelque chose d’important, mais personne ne nous écoutait. Suite à un commentaire là-dessus, on a choisi le nom du groupe. Bien sûr, le complexe de Cassandre est aussi une forme de folie donc c’était aussi une sorte de blague. On pensait qu’on allait créer une musique incroyable, mais peut-être qu’on était trop fous de penser ça.

—Votre premier single est sorti en 1985, mais quand s’est formé le groupe exactement ?

—Ça faisait déjà quelques années qu’on jouait ensemble. On a fait exprès d’attendre afin d’être sûrs qu’on était prêts à sortir quelque chose. On voulait tout faire nous-mêmes, on a travaillé dur, économisé tout notre argent et construit notre propre studio. Et on a tout produit nous-mêmes.

—Vous êtes de Leeds, tout comme les Sisters of Mercy, Red Lorry Yellow Lorry, Rose of Avalanche. On vous surnommait les Leeds 4, c’est ça ? Les Three Johns s’y trouvaient également. Comment était la scène à Leed à cette époque ? La plupart des membres des groupes étaient amis, non ?

—Personne ne nous appelait les Leeds 4. Je ne sais pas du tout d’où ça vient :-). La scène était incroyable à l’époque. Et oui, nombre d’entre nous étaient amis. Notre studio se trouvait littéralement à côté de la porte des Three Johns. Ma maison se trouvait dans la rue où vivait Wayne Hussey.

—Que pouvez-vous nous dire de l’interview qu’Andy Booth a faite au groupe ? Je suppose qu’elle devait être très intéressante, étant donné que vous lui avez demandé de rejoindre Cassandra Complex.

—Ouais, c’était la première personne qui nous comprenait vraiment. En plus, c’était un incroyable guitariste. Et c’est toujours le cas.

—Vous dites que votre groupe préféré était Cabaret Voltaire. Quelle période préférez-vous ?

—J’adore à peu près tout leur travail, mais si je devais choisir, je pense que j’opterais pour la période de transition lors de laquelle ils ont composé Yashar. En plus, leurs singles du début sont tous incroyables.

—Ne pensez-vous pas que ce soit un peu étrange d’avoir un photogramme de James Stewart dans « La vie est belle » sur la pochette d’un album appelé Grenade, tout particulièrement avec la musique que vous jouez ? Comment considérez-vous cet album aujourd’hui ?

—Je suis justement en train de remastériser cet album cette semaine ! Le son est encore bon, je suis surpris de voir à quel point il a résisté au temps. Il s’appelle Grenade car à l’époque, je jouais à un jeu de cartes sur table appelé Car Wars, et la grenade était l’arme la moins chère, mais la plus puissante du jeu si on l’utilisait correctement. Comme on créait cet album sans budget, et qu’on le produisait nous-mêmes, on l’a appelé comme ça. On pensait que l’effet allait être explosif. Et ça a été le cas.

Hello America est une compilation de vos premiers singles, qui doit son nom à un livre de J.G. Ballard. De quelle façon l’auteur de Cocaine Nights a-t-il influencé vos paroles ?  Et d’autres écrivains ? William Gibson ? Le groupe a l’air d’avoir de nombreuses influences littéraires.

—On lit beaucoup de livres :-). Je suis un gros nerd de science-fiction. On se considère comme un groupe cyberpunk depuis le début, avant même que le terme ne soit inventé. Alors oui, on a toujours été inspiré par la SF. On a aussi des influences de la télévision, le vaisseau Enterprise apparaît sur la pochette de Theomanida. Mais je dirais que c’est sûrement J. G. Ballard qui nous a le plus influencés. J’adore son travail

—Comment se fait-il que durant l’enregistrement de Theomania, des membres aient quitté le groupe ? La création de l’album a-t-elle été difficile ? Il a fini par être l’un de vos classiques.

—Ça a été l’enfer de faire cet album. On savait que ça pourrait être l’un de nos meilleurs albums, si on faisait bien les choses. Prenez cette pression et ajoutez-les aux problèmes personnels qu’on avait, et ça rend les choses très difficiles. On avait tourné presque tous les jours pendant les deux années précédentes, et on était physiquement et psychologiquement épuisés.

—À cette époque, on retrouve beaucoup de groupes au son electro-rock similaire, comme Ministry, Young Gods ou NiN. Étiez-vous intéressé par ces groupes ?

—Oui, on adore leur musique et on l’écoute sans cesse. On a joué plusieurs fois avec les Young Gods. J’adore ce groupe !

Satan, Bugs Bunny and Me, votre album suivant, nous donne la possibilité de parler d’occultisme. Ce sujet vous intéresse vraiment, non ? Pensez-vous qu’il ait influencé la musique du groupe ?

—Lorsqu’on a commencé, Paul Dillon et moi, on a financé notre premier album en travaillant dans l’une des boutiques occultes les plus célèbres de Leeds, appelée The Sorcerers Apprentice. Juste quand je suis revenu à Leeds pour faire cet album, des extrémistes chrétiens ont fait exploser la boutique, prétendant qu’elle était satanique. J’ai été très en colère de savoir que mes amis et collègues auraient pu être tués dans l’explosion, et cette colère se retrouve dans l’album.

—Autre contraste : Cyberpunx était un opéra rock. La maison de disque n’aimait pas l’album et vous a fait changer de petites choses. Purriez-vous nous expliquer plus ou moins en quoi cet album était différent au départ ? Allez-vous sortir votre version de l’album ? Maintenant, ce devrait être plus facile à faire.

—J’ai étudié la question de remastériser l’album, de refaire les séquences et de le sortir tel qu’il devait être. On est en train de discuter de ça avec la maison de disque. Sinon, j’en ferai une liste sur Spotify que je partagerai avec les gens. Maintenant que j’y pense, c’est plutôt une bonne idée…

—Aimez-vous l’album de Frank Zappa intitulé Joe Garage ? Le nom de notre site est une référence à cet album.

—Je ne suis pas un fan de Zappa, mais oui, j’aime cet album. Je l’ai écouté pas mal quand j’étais jeune.

The War Against Sleep porte un beau nom et présente un tas de chansons d’amour pour les gens qui aiment la musique industrielle. Vous dites que c’était difficile de chanter sur certaines chansons pendant l’enregistrement. Qu’en était-il en concert ? Comment vous sentez-vous quand vous chantez ces chansons maintenant ?

—Cet album a été écrit et enregistré après ma séparation avec ma petite amie de longue date, alors il reflétait la douleur et le sentiment de perte que je ressentais à l’époque. Je pense que certaines de nos meilleures chansons s’y trouvent, mais je n’ai jamais été satisfait de la production. J’aimerais vraiment le remastériser également. J’adore le jouer en live, maintenant. Des chansons qui étaient si tragiques à l’époque sont devenues un genre de célébration, car on ressent encore l’amour et la douleur, mais on comprend aussi que l’esprit peut continuer et survivre, et triompher à la fin.

—La presse a dit que vous étiez des vendus et vous a donné de mauvaises critiques. Pensez-vous qu’en général, la presse est incapable de comprendre vraiment les artistes ?

—La plus grande presse musicale prétendait qu’on ne durerait pas. Justement, tous les magazines qui nous ont donné de mauvaises critiques n’ont pas duré, et nous, on est toujours là. Ça me fait bien rire 🙂

Sex and Death marque un retour à votre son précédent. Dans cet album, vous avez inclus une chanson appelée « The War Against Sleep ». Pensez-vous que ce nom était si beau qu’il méritait une chanson ? Et que pouvez-vous nous dire sur votre reprise de Suicide ?

—La chanson « The War Against Sleep » était censée se trouver sur l’album précédent, mais on n’arrivait pas à obtenir le son qu’on voulait. Du coup, on l’a laissée de côté pour la sortir avec Sex & Death. Quant à Suicide, on a toujours adoré ce groupe. On avait pour habitude de faire toujours des reprises de leurs chansons, dès nos premiers concerts. Mais je n’ai jamais voulu les enregistrer : comment améliorer la perfection ? Au final, j’ai rencontré Alan Vega et c’est lui qui m’a encouragé à enregistrer une reprise sur un album. Ça a été un merveilleux moment de ma vie. Il a toujours été un de mes héros.

—Wetware est votre seul album du nouveau siècle. En comparaison avec votre premier album, de quelle façon votre son a-t-il changé ?

—Avec Wetware, on a essayé de faire un clin d’œil à tous nos précédents albums et de créer une synthèse de tous les styles qu’on avait expérimentés. C’est presque un album « Best of CX » dans ce sens. J’adore cet album.

—Qu’a fait le groupe pendant ces grandes périodes entre albums ?

—On a arrêté de faire des tournées parque je suis tombé très malade, et je n’ai pas pu jouer ou chanter pendant des années. Pendant cette période, on a tous bossé dans le business de la musique : je conçois la technologie de la musique, Andy est un avocat accompli dans le business de la musique, Volker travaille dans des maisons de disque et Axel est un ingénieur du son très connu. Même si on n’était pas sur scène, on était très occupés.

—Que pouvez-vous nous dire sur vos projets parallèles, Sungod et Aurora ?

—Aurora n’était pas mon projet, c’était un projet de Patricia Nigiani. J’ai produit un de ses albums, qui est superbe et qui mériterait d’être plus connu. Sungod était, et est toujours, mon projet. C’est l’une des choses dont je me sens le plus fier. J’ai pensé continuer à bosser dessus dans un ou deux ans, mais je suis tellement occupé…

—J’ai été surpris de voir que vous êtes fans de jeux vidéo. Je suis tester en localisation de jeux vidéo, et j’ai travaillé sur Oblivion et Skyrim. Vous dites que vous avez développé des jeux, pouvez-vous nous en dire plus ?

—Quand j’étais malade et obligé de rester chez moi, ma petite-amie m’a donné une copie d’un jeu appelé Neverwinter Nights pour que je puisse jouer avec elle sur Internet. J’ai réalisé que le jeu avait un mode de création, donc j’ai construit un petit monde RPG pour qu’on y joue (parce que je ne pouvais pas faire grand-chose de plus). Un soir, j’ai oublié de protéger notre serveur par mot de passe, un autre joueur est arrivé et nous a demandé s’il pouvait jouer avec nous. Il a tellement adoré mon monde, qu’il voulait aussi faire jouer ses amis. Quelques mois plus tard, c’était l’un des serveurs de jeu les plus célèbres au monde, et j’ai même gagné une récompense. C’est comme ça que j’ai commencé. Plus tard, j’ai même enseigné la conception de jeux vidéo à l’université.

—Quand va sortir le tant attendu nouvel album de Cassandra Complex ?

—On travaille sur 20 chansons…

—Que pouvez-vous nous dire sur votre concert au DarkMad ?

—Malheureusement, pour le DarkMad nous ne serons pas en pas en mesure d’apporter tout notre équipement vidéo, mais de toute façon, nous vous préparons un superbe spectacle. Comme deux d’entre nous vivent en Angleterre et les autres en Allemagne, on viendra de différents endroits. Par conséquent, on passe beaucoup de temps à se préparer en communiquant sur Internet.

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