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Interview : China Crisis

par François Zappa

Crédit photo (haut de page) : Tim Sheard

Quand j’ai acheté mon premier album de China Crisis il y a plus de vingt ans, je ne savais pas que j’étais entré en possession d’une véritable perle. Je me souviens de l’air frais du matin sur le chemin du retour. J’ai écouté le disque quelques fois, puis l’ai oublié au fond de mes tiroirs. Mais maintenant, quand j’écoute de nouveau la musique du groupe, je me sens projeté dans le passé, je peux presque revoir la lumière de ce jour et la mélancolie de la musique me rappelle le jour où j’ai pleuré sur une plage perdue. Nous avons interviewé Gary Daly, l’un des créateurs du groupe. Ils joueront le dimanche au W-Fest. J’irai en courant au premier rang et je hurlerai « Chine, ô ma Chine ! ».

—Vous avez inventé le nom du groupe dans un bar : vous avez associé Russian Crisis et China East, pas vrai ? Avez-vous eu des problèmes avec ce nom pendant la Guerre froide ? Et lors de vos tournées en Chine ?

—Haha, non. Le nom de notre groupe n’a jamais été un problème. Et tristement, on n’a jamais tourné en Chine. Si ça avait été le cas, on aurait changé notre nom en China Greatness. Je suis sûr que nos fans auraient adoré ça.

—Chez le Garaje de Frank, on adore la musique de Brian Eno. Vous dites qu’il constitue une grande influence pour vous, tout particulièrement son Before and After Science. Quels autres albums de cet artiste aimez-vous ? Qu’est-ce qui vous passionne dans sa musique ?

Brian Eno a été une révélation totale. Eddie possède l’album « Low » de David Bowie et c’est la première fois qu’on a entendu le nom de Brian Eno. On aime tout de lui. Très vite, on s’est mis à suivre tout ce qu’il faisait avec Talking Heads, qui était aussi l’un de nos groupes préférés. On adore également Discreet Music et Plateaux of Mirror sur lesquels il a travaillé avec Harold Budd, ce sont de grands classiques. J’écoute tout le temps ces albums, encore aujourd’hui.

—Pensez-vous que si vous n’aviez pas signé aussi vite avec Virgin, China Crisis aurait pu obtenir le même statut de groupe indie légendaire que Prefab Sprout ou Aztec Camera ?

—Peut-être… Mais au final, c’est le destin. Vous savez ce qu’on dit, avec des si, on pourrait refaire le monde.

—Vous avez comparé régulièrement votre groupe avec The Fall. Quelles similarités existent entre ces deux groupes selon vous ? Honnêtement, je trouve que China Crisis est plus proche de Japan (également d’un point de vue géographique).

—D’abord, le nombre de changements de membres, haha, et le fait qu’Ed et moi-même sommes comme Mark. Si Gary et Eddie se trouvent sur scène, alors, c’est du China Crisis pur et dur.

—Dans votre premier disque, Difficult Shapes and Passive Rhythms. Some people think it’s fun to entertain, vous avez quatre producteurs. Pourquoi avoir travaillé avec autant de producteurs ?

—Parce qu’ils faisaient les choses à moitié bien. On était jeunes et déterminés, on voulait que l’album ait le meilleur son possible.

—Au début, vous jouiez de la synth pop et vous avez évolué un peu vers la pop. Quels disques de pop des années 80 vous plaisent ?

—Mmmm, impossible de vous répondre. Je n’écoute pas de musique de cette façon, et le seul album qui me vient à l’esprit est Colour Of Spring de Talk Talk, cet album est magnifique. Je m’identifie plus à la musique du moment.

—Quelle est la signification des sous-titres Possible Pop Songs Volume Two ? Avant l’existence d’Internet, un ami, qui possédait un magasin de disques, m’a dit que si on réalisait une anthologie des meilleurs disques de pop jamais enregistrés, les Beatles auraient le volume I et vous le volume II.

—Hahaha. C’est le disque de Brian Eno, avec Jon Hassell : Fourth World, Vol. 1: Possible Music. On a toujours aimé copier quelques énoïsmes.

—Vous avez étudié dans une école catholique. Le groupe a un morceau appelé « Christian », et un autre appelé « King in a Catholic Style ». Cette expérience vous a-t-elle marqué ou avez-vous utilisé ces noms pour le fun ?

—Christian était un jeune garçon, ami de l’un de mes neveux. C’était la première fois que j’entendais ce nom, il a donc attiré mon attention. Pour « King », j’écoutais beaucoup de reggae, Steel Pulse/Aswad/I Jah Man, et j’adorais les noms de ses morceaux. « Forever I and I » est un autre reggaeisme. Et oui, le fait d’être éduqué de façon catholique nous a mis en contact avec beaucoup de choses, de la musique, des histoires, de belles images, etc. Mais si vous avez la possibilité d’éviter d’aller en classe d’endoctrinement religieux, c’est mieux !

—Votre troisième disque, Flaunt The Imperfection, a été produit par Walter Becker de Steely Dan, c’est le plus soulful de tous vos premiers disques. Vous cherchiez à obtenir ce résultat ou est-ce le fait d’avoir Becker comme producteur qui a fait que naturellement, vous avez écrit ce disque de cette façon ?

—Oui, Walter était/est un génie de la mélodie, de l’harmonie et il est très talentueux. On l’a crédité comme membre du groupe pour nous amuser. On voulait juste qu’il lise les crédits et qu’il se rende compte à quel point son travail était important à nos yeux.

—Comment considérez-vous votre quatrième album, What Price Paradise ? Pensez-vous qu’il aurait dû être aussi bien accueilli que les trois premiers ?

—Non, pas vraiment. Il est trop exagéré, pompeux parfois. Les morceaux sont aussi bons que les autres que nous avons écrits, mais quelque chose manquait, c’était clair. Il manquait peut-être du charme, ou de la magie. C’est mon avis, mais je pense que Kev, Gaz, Brian et Eddie ont une autre opinion.

—Le groupe a vécu pendant trois mois à Hawaï, où vous avez commencé à enregistrer Diary of a Hollow Horse. Comment vous souvenez-vous de cette expérience ? Encore une fois, on remarque des influences de Steely Dan.

—C’était une expérience difficile, tout le monde nous mettait la pression pour qu’on écrive un tube, mais malheureusement, ça n’a pas été le cas. C’était une époque folle, mais belle. Je venais tout juste d’être papa, et on vivait à Maui. Encore une fois, de belles chansons, mais sans « moments magiques ».

—Une question bizarre. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais en France, Warped by Success présente une pochette vraiment très laide, vous pouvez la voir sur All Music. Savez-vous pourquoi cette pochette a été utilisée ? On dirait un disque de punk de la fin des années 70.

—C’était une époque très dure pour Eddie et moi. On traînait avec les mauvaises personnes. Au niveau personnel et professionnel, rien n’allait. On a prévu de sortir notre version de Warped avec des enregistrements maison, etc.

—Vous n’avez sorti aucun disque en 20 ans, pourquoi ? Le groupe a fait uniquement des tournées, pas vrai ?

—On n’avait pas l’état d’esprit pour enregistrer. Pendant quelques sessions, on a cru qu’on allait pouvoir enregistrer un disque. Au final, le crowdfunding est né et c’est à ce moment qu’on a vu la possibilité de financement qui nous permettrait d’enregistrer un album digne de ce nom.

—Finalement, en 2015, vous sortez un nouvel album, Autumn in the Neighbourhood. Comment était-ce d’écrire à nouveau des chansons ?

—Eddie et moi-même n’avons jamais arrêté de composer. On s’est juste décidés à travailler sur les meilleures chansons. On a vraiment adoré le résultat d’Autumn. Je pense que notre mojo était de retour, haha. Les fans ont également adoré l’album. C’était super, vraiment super.

—L’album est sorti grâce au crowdfunding avec Pledge Music. Préférez-vous être libre et ne pas avoir de maison de disque qui vous ordonne quoi faire ?

—Absolument. C’était vraiment une bonne chose pour China Crisis. À l’époque, on n’avait que très peu de contrôle, mais maintenant, nous sommes les maîtres, haha.

—Que pouvez-vous nous dire de votre premier album solo ? Est-ce un retour aux sources des premiers enregistrements de China Crisis ?

—Oui, c’est ça. Pourquoi ? Grâce à Gary, l’une des moitiés super talentueuses de China Crisis. J’écris et j’enregistre comme je l’ai toujours fait depuis le début, et c’est ce qu’on peut entendre : tout le charme et toute la magie.

—Quels artistes modernes vous ont-ils inspiré ? Je crois que vous avez cité John Grant et Belle and Sebastian.

—Beaucoup… Chairlift par exemple ou encore Owen Pallett. Et tous ces fans de China’s, car on est leur premier groupe de synthpop mélodique avec tant d’influences.

—On aime bien savoir quel matériel utilisent les groupes. Dans votre cas, vous avez beaucoup parlé de votre Juniper 8, votre synthé préféré. En avez-vous utilisé d’autres pendant ces années ?

—Korg Polysix, Juno 60, unités d’effet SPX 90, mais je compose toujours au piano, puis je synthétise les chansons en studio. Oh, et j’ajoute beaucoup de delay, c’est très important.

—Comment se déroule votre carrière de peintre ?

—Hahaha, je ne peins pas, je dessine, je dessine beaucoup. Je n’ai pas d’ambitions pour ça, j’aime car ça me permet de donner de la forme à la musique.

—Pensez-vous enregistrer un nouvel album ?

—Oui, Classic Crisis. Des cordes et des choses à revendre. Il est prévu pour 2020, avec des concerts, etc.

—C’est la deuxième fois que vous allez jouer au W-Fest. Comment vous souvenez-vous de votre premier concert, il y a deux ans ? Que pouvez-vous nous avancer du concert de cette édition ?

—Le festival en lui-même est vraiment chouette, on s’est vraiment bien amusés. Le public était génial et on a adoré chaque minute du concert. Cette année, ce sera sûrement encore mieux. On a vraiment hâte d’y retourner, ça oui !

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