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Interview : Apoptygma Berzerk

par François Zappa

Quand à la fin des années 90 le terme futurepop fut inventé, peu imaginaient que la pop du futur serait aussi ennuyeuse. Pas de prise de risque, pas de paroles qui nous font nous demander ce qu’il en est de la réalité. Heureusement, il nous reste les disques d’Apoptygma Berzerk pour nous montrer que le futur n’est plus ce qu’il est. Nous avons interviewé Stephan Groth qui jouera avec son groupe lors du W-Festival.

—Apoptygma Berzerk est le premier groupe d’EBM norvégien. Que pouvez-vous nous dire sur la scène norvégienne de la fin des années 80 ? Comportait-elle de nombreux groupes de black metal ? On adore Bel Canto, Annelli Drecker a aussi collaboré avec vous, non ?

—La scène musicale norvégienne de l’époque était assez ennuyeuse, avec quelques exceptions, bien sûr. On compte de bons groupes, comme Beranek, Bel Canto (que vous avez mentionné, eh oui, Anneli Drecker chante sur « Back On Track » et sur l’album You And Me Against The World), Munch, Holy Toy/DePress, Blue Mathue, Sister Rain, Erik Wøllo, Fra Lippo Lippi, Svart Klovn, Kid Death & The Nightshades et Clockwork Orange. Ensuite, une nouvelle vague de groupes a commencé dans les années 90, qu’on aime aussi beaucoup, comme Deathprod, Biosphere, Motorpsycho et Mental Overdrive. La scène metal était et est toujours extrêmement active.

—Ronan Harris et vous créez le terme « futurepop » lors d’une conversation. Aimez-vous ce mot ? Si on considère que la pop est de la musique populaire, je suis d’accord. Par contre, je ne vois pas beaucoup de pop dans votre musique ou celle de VNV Nation, du moins au début. Peut-être qu’on parle d’EBM mélodique ?

—À l’époque, le terme « futurepop » avait du sens, car il englobait le son que VNV Nation et APOP avaient à l’époque. Par la suite, ce son a radicalement changé, du moins pour APOP. Par définition, VNV Nation et Apoptygma Berzerk font de la pop, tout comme les groupes qui composent des chansons incluant une structure couplet/refrain, des morceaux mélodiques, des éléments accrocheurs et des refrains répétés. J’aimais la pop, mais ce n’est plus le cas. J’ai changé d’opinion, car ce qu’on appelle la pop aujourd’hui, ou la musique qui sort sur les classements n’est bonne ni pour mes oreilles ni pour mon âme. Dans les années 80, un morceau de pop pouvait être décent à très bon. La pop d’aujourd’hui, celle qu’on entend à la radio, a dégénéré : elle est devenue un genre de musique générique, inintéressant et non inspirant. Les refrains répétés sont toujours présents, mais la plupart des refrains ne sont même pas bons… Il n’y a rien de nouveau, d’intelligent, de provocateur ou de passionnant dans la pop d’aujourd’hui.

—Vous avez sorti un single et un EP avant votre premier album, « Ashes To Ashes » et « The 2nd Manifesto ». Que pouvez-vous nous dire sur le groupe à l’époque ? Que comptiez-vous accomplir ?

—En fait, on a aussi sorti un single appelé « Bitch » avant le premier album. On a aussi apporté notre contribution à des compilations, etc. APOP était plus ou moins un projet avec un seul musicien. Je voulais expérimenter et faire quelque chose d’atypique dans le cadre de la musique norvégienne. La musique a toujours été mon hobby en grandissant. Mon but ultime, c’était de sortir un album physique. Ensuite, je voulais en sortir un autre, et ainsi de suite. Et me voilà, 30 ans plus tard, haha !

—Pensez-vous que votre premier LP soit le plus gothique de toute votre discographie ? Du nom de l’album à certaines paroles, en passant par l’introduction ?

—On n’a jamais fait de musique gothique, mais on a toujours adoré Siouxsie & The Banshees, The Cure, Red Lorry Yellow Lorry, Fields Of The Nephilim, The Sisters Of Mercy, Killing Joke, This Mortal Coil, Joy Division et Clan Of Xymox.

—Dans votre chanson « Skyscraping (Schizophreniac) », vous avez samplé « Rid Of Me » de PJ Harvey’s, sortie quelques mois auparavant. En quoi votre musique et la sienne sont liées ?

—J’adore PJ Harvey !

—Dans vos deux premiers albums, vous commencez et terminez avec une chanson en deux parties. Était-ce une façon de donner de l’unité à l’album ?

—Oui ! Bien vu. C’était mon idée. La présence d’une intro et d’une outro rendent l’album plus complet. Je voulais avoir le même résultat que lorsqu’on regarde un film avec un début et une fin définis.

—On peut remarquer un gros changement entre votre premier album, 7, qui est plus synthpop et moins EBM, moins agressif. Diriez-vous qu’il s’agit de votre premier album futurepop ?

—Non, pas du tout. Par contre, on remarque que je commence à trouver mon son. L’album est sorti 5 ans avant l’invention du terme « futurepop ».

—Dans « Mourn », est-ce Kurt Cobain qui joue de la guitare, ou est-ce un sample de sa version de « The Man Who Sold The World » ?

—C’est bien Kurt Cobain qui joue.

Welcome To Earth est un album qui parle de contacts avec les extraterrestres. Comment avez-vous eu cette idée ? Musicalement parlant, l’album est plus dur que le précédent et ressemble plus au premier.

—Je ne vois pas en quoi cet album est plus dur que les précédents. Le single et principal tube, « Kathy’s Song », est l’une des chansons les plus douces d’APOP. J’ai toujours été intéressé par tout ce qui a un rapport avec les extraterrestres et les diverses dimensions. C’est ce qui est ressorti lors de l’enregistrement de cet album.

—Il existe quelques chansons sur les ovnis, de « Starman » de Bowie à « Books About UFO’s » DE Hüsker Du. Quelle est votre préférée ?

—Je suis un grand fan de science-fiction. Du coup, c’est vraiment un sujet qui tombe à pic. En plus, les ovnis attirent tellement l’attention des gens ! Pour ce qui est de la musique parlant de science-fiction ou d’ovnis, j’ai toujours adoré le travail de nos amis suédois S.P.O.C.K. : ils associent ce sujet vraiment très sérieux à un grand sens de l’humour !

—Après ça, vous avez écrit Harmonizer, un album très personnel à propos de votre divorce et de la relation que vous avez avec votre fille. Cet album était-il une façon de surmonter cette situation ? Et avez-vous changé de style pour correspondre aux paroles ?

—En fait, je crois que Welcome To Earth et Harmonizer ont un style très similaire. Le processus du divorce a vraiment été difficile pour moi, alors écrire Harmonizer m’a servi de thérapie.

—La presse a dit que vous êtes des vendus. La même chose est arrivée à Cassandra Complex après The War Against Sleep. Pensez-vous que la plupart du temps, la presse ne peut pas comprendre la motivation des artistes ?

—C’est de l’INTOX !

You And Me Against The World, de 2006, est un album plus rock, et sans doute celui qui a connu le plus de succès. Pourquoi avoir changé de nouveau de style ? Vous disiez que vous vouliez que votre son de studio ressemble à celui du live.

—Encore une fois, bien vu ! Depuis le début, nous avons intégré des guitares et des batteries pour nos lives. L’énergie créée lors d’un live est très dure à recréer en studio lorsqu’on joue seulement sur des instruments électroniques. Pour nos concerts, on a toujours eu une énergie spéciale, et on voulait recréer cette vibe sur notre album. C’est pourquoi You And Me Against The World a plus de guitares et de batterie que le reste de notre catalogue. En plus, à l’époque, la grande partie de la musique électronique créée était ennuyeuse. C’était vide, et j’en avais marre de l’électro pure. Du coup, je voulais faire « autre chose ». En tant qu’artiste, je dois être n précurseur, je dois faire avancer les choses. Je considère que c’est en quelque sorte mon travail d’aller à contre sens et de sortir du lot. J’ai toujours eu un pied dans le rock et un pied dans l’électro. J’ai grandi avec Blondie, les Ramones, les Pixies, ainsi qu’avec D.A.F., Front 242 et Nitzer Ebb. Alors, intégrer des éléments rock dans ma musique est une évidence !

—Dans Rocket Science, votre album suivant, vous suivez le style du précédent, mais vos paroles parlent de 1984 et de théories de la conspiration. Aujourd’hui, il y a trop de désinformation, et c’est difficile de savoir ce que nous devons croire. Qu’en pensez-vous ?

—Ne me lancez pas sur le sujet ! Haha ! On pourrait en faire une interview séparée. Encore une fois, vous avez raison ! On trouve des tonnes d’informations sur Internet, la vérité et les mensonges sont mélangés. Il faut s’autoéduquer pour distinguer le vrai du faux. Avec Rocket Science, j’avais l’intention de donner aux gens qui ne savaient pas vraiment par où commencer un point de départ afin qu’ils puissent consulter et faire de plus amples recherches. D’ailleurs, chaque lettre de la pochette de Rocket Science donne un indice, ce sont comme des miettes de pain pour les personnes curieuses. C’est vous qui devez chercher vous lancer dans l’inconnu pour voir ce que vous y trouvez : R : « Illuminati » O : « La statue de la Liberté » C : « Crowley/Parsons » K : « NASA » E : « ADN (Genesis 6) » T : “JFK” – S : « L’atterrissage sur la Lune » C : « Anges déchus » I : « 1984 » E : « Cern » N : « MK Ultra » C : « Opération Paperclip » E : « Kubrick/Contrôle mental ». On pourrait en parler à l’infini, mais c’est un bon début si vous voulez savoir ce qui se passe !

—On peut remarquer un autre changement dans les trois EP, réunis plus tard dans Exit Popularuty Contest. Pourquoi ? Écoutiez-vous Tangerine Dream et Klaus Schulze à l’époque ? Vous avez reçu de bonnes critiques, pas vrai ?

—À l’époque, la musique électro se trouvait partout. J’ai dû retourner à la source pour essayer de trouver là où tout avait commencé. J’ai plongé dans ma collection d’albums et j’ai trouvé de l’électro datant des années 70 et du début des années 80. Je devais découvrir pourquoi j’étais tombé amoureux de l’électro. Tangerine Dream et Klaus Schulze sont des classiques que j’adore. Ces albums associés à Kraftwerk, NEU !, La Düsseldorf, Jean-Michel Jarre, Vangelis, Rolf Trostel, Mark Shreeve et Michael Garrison, m’ont conduit à créer Exit Popularity Contest.

—Comment se porte votre label Hard :Drive ?

—Hard:Drive n’est pas très actif pour le moment, mais j’ai commencé un nouveau label, Pitch Black Drive, qui s’occupera des albums d’APOP désormais, qu’ils soient en format numérique ou physique. Jusqu’à présent, on a sorti l’EP SDGXXV et l’album SDGXXV avec ce label.

Sonic Diary, de 2006, est une compilation comportant la plupart de vos reprises. Comment sélectionnez-vous une chanson que vous souhaitez reprendre, et qu’essayez-vous d’apporter à cette chanson ?

—Les reprises faites avec APOP sont en général des chansons qui ont eu de l’importance pour moi pendant toutes ces années, ou des chansons que j’adore et auxquelles je pensais pouvoir ajouter une autre dimension avec une touche d’APOP !

—Votre dernier album, sorti il y a un mois s’appelle SDGXXV. Il s’agit d’une nouvelle version de votre premier album. Vous avez travaillé avec Ancient Methods, The Invincible Spirit, Portion Control, Clock DVA et Prurient. Que pouvez-vous nous dire sur ce projet et sa genèse ?

—Oui, c’est une nouvelle version ou ré-enregistrement, si vous préférez, de l’album Soli Deo Gloria. D’abord, on voulait fêter le 25e anniversaire de Soli Deo Gloria en novembre 2018, et on l’a de nouveau sorti sur LP/CD remastérisé. Alors qu’on bossait sur le remastering de l’album, l’idée de retravailler ou de faire de nouvelles versions des vieilles chansons a surgi. Cette idée a très vite progressé, car on n’est pas du genre à faire les choses à moitié, haha ! On a commencé à demander à des artistes de collaborer. Il s’agit d’artistes importants pour nous, qui nous ont influencés, et en un rien de temps, on a eu tout un tas de contributeurs qui voulainet travailler sur ce projet avec nous. Ça nous a pris beaucoup plus de temps et de travail qu’on pensait, mais le produit fini a un superbe son, et on est vraiment heureux d’avoir eu cette idée. Si à l’époque, on avait eu les relations qu’on a aujourd’hui, et l’équipement qu’on a aujourd’hui, l’album aurait sûrement eu ce son à l’époque. Ça donne l’impression qu’il a fait un voyage dans le temps de 1993 à 2019 !

—Quand allez-vous sortir du nouveau matériel ?

—Avant la tournée en Allemagne, Belgique et Norvège.

—Vous avez travaillé avec le collectif musical Bruderschaft, et vous avez aussi un projet parallèle, Fairlight Children. Pouvez-vous nous en toucher deux mots ? 

APOP me prend trop de temps dernièrement, il va falloir attendre longtemps avant que j’aie la possibilité de travailler sur ces projets.

—Que pouvons-nous attendre de votre concert au W Festival ?

—On a joué de nombreuses fois en Belgique au fil des ans, et on est vraiment contents de jouer dans le cadre de ce festival 🙂 On est impressionnés par l’affiche si diversifiée du W Fest. Pour être honnêtes, si on n’avait pas des concerts en Allemagne trois jours avant, on aurait adoré y rester pour assister aux concerts de bon nombre de nos héros !

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