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Interview : à;GRUMH…

par François Zappa

On ne peut pas reprocher à l’Electronic Body Music d’être ennuyeuse. L’un des groupes les plus uniques et originaux de la scène (et dans le monde) est le groupe belge à;GRUMH…, qui faisait déjà preuve d’originalité avec leur nom. Nous avons parlé avec JΔ3 Seuqcaj et J∆55 eKOJ, anciens membres faisant désormais partie de Hà; PEOPLE.3.55. Pour rappel, on avait fait la critique de leur premier album il y a quelques mois.

—Quelle est l’origine du nom du groupe ? à;GRUMH… a fait sa première apparition dans la compilation Cake One, n’est-ce pas ? Faisais-tu déjà partie du groupe ?

—JΔ3 : Le nom a été choisi par SΔ3 et PΔ3, membres fondateurs du groupe, lors d’un voyage en train. Ils énuméraient des noms de légumes, ce délire est devenu la première chanson du groupe. J’étais un invité permanent.

—Dans cette même compilation, Cake One, on trouve quelques chansons de Confite Solar, un groupe que tu formais avec SΔ3. Les autres groupes semblent être des projets des différents membres de à;GRUMH… Peux-tu nous en dire plus sur cette compilation ? Elle est réellement sortie en 1982 ?

—JΔ3 : Cake One est la première compilation de notre label Titicaca/TTKK. On était jeunes, déjantés, plein d’idées et on avait trouvé un moyen de les exprimer.

—Cette compilation a été publiée par Titicaca records, un label dirigé par le groupe. La plupart des publications de Titicaca étaient celles de membres du groupe, non ?

—JΔ3 : Oui !

By the phone (1982) est le nom de votre premier album. Vous l’avez vraiment enregistré par téléphone ? Peux-tu nous en dire plus ?

—JΔ3 : La réponse est dans la question. Oui, ces chansons ont bien été enregistrées par téléphone.

—Quelles étaient les influences du groupe à ce moment-là ? Les groupes non industriels en faisaient-ils partie ?

—JΔ3 : J’écoutais de la musique progressive, du kraut rock, de la musique classique, du free jazz du heavy metal.

—Pourquoi est-ce que la plupart des groupes indus de l’époque n’ont sorti que des cassettes ? C’était moins cher, ou est-ce que vous saviez déjà qu’elles auraient une seconde jeunesse dans les années 2010 ?

—JΔ3 : On a toujours eu des cassettes du label sur nous et on les donnait (ou échangeait) avec d’autres groupes. Musique underground = cassettes.

—Dans le second album du groupe, Mix Yourself ! (1985), il y a une chanson en espagnol (ainsi que dans tes nouveaux projets et dans d’autres chansons comme « Podredumble » ou « Caterpillar »). Ce n’était pas bizarre pour un groupe belge de chanter en espagnol ? Où as-tu appris cette langue ?

—JΔ3 : Ce n’est pas plus bizarre que de chanter en martien. J’ai appris l’espagnol à l’école et avec des amis hispanophones.

—Rebearth (1986) était plus ambient, et cet album a fait germer l’idée de nEGAPADRES (il y a une question sur eux également). Pourquoi vouloir jouer deux styles de musiques différents sous le même nom ?

—JΔ3 : Effectivement ! Le groupe était simplement le meilleur moyen d’exprimer nos désirs créatifs. On voulait que à;GRUMH… soit le réceptacle de notre folie musicale.

Dans No way out(1986), on retrouve« Hitoy », une parodie de New Beat (selon certains d’entre vous). Tu n’aimes pas le genre ? Comment était la musique belge en 1986 ?

—JΔ3 : « Hitoy » est une chanson récréative en Wallon. C’est notre côté clownesque. Je déteste la New Beat.

—Dans Black Vinyl Under Cover (1987), le groupe a de nouveau travaillé avec Ludo Camberlin, était-il la bonne personne pour vous aider à produire vos albums, ou simplement le producteur à PIAS ?

JΔ3 : C’était la bonne bonne personne, j’imagine.

Le groupe a sorti beaucoup d’EP et de singles, tels que Too Many Cocks Spoil The Breath (1987) ou Bloody Side (1988). J’aimerais marquer un arrêt en 1989 avec l’album The Price is Right (1989) et le tube « Ayatollah Jackson », devenu un hit en club. Tu ne crois pas que c’est un peu étrange de danser sur une chanson avec des paroles comme ça (en différentes langues) ? C’est sûr que c’est mieux que de danser sur des musiques aux paroles stupides. Es-tu intéressé par la musique dance ?

—JΔ3 : Non, non, et non ! Pourquoi pas ? Les gens dansent sur le son de la musique, le son des percussions et le son de la langue chantée. Ils se fichent des mots. Bouge ton corps et sers-toi de ta tête.

—Dans We are à;GRUMH… And You Are Not! (1988), il y a une (bonne) reprise des Pink Floyd. Vous lez aimiez bien ou c’était juste pour rigoler ? J’imagine peu de groupes aussi loin de vos idées que les Pink Floyd des années 80.

—JΔ3 : SΔ3 et moi, on est fans des Pink Floyd. Cette chanson correspond parfaitement à notre univers. Levez-vous, réagissez et battez-vous. Ne soyez pas des zombies.

—Vous faisiez preuve d’un grand sens de l’humour pour titrer les albums, et les nommiez parfois même de différentes façons dans la version CD. Pourquoi ? Penses-tu que l’humour soit important en musique ?

—JΔ3 : L’humour est nécessaire, le rire est fondamental et CEUX qui se prennent au sérieux sont souvent des crétins. Parfois, je suis un putain de crétin.

—Dans A Hard Knight’s Day (1989), on trouve « C.B.B (14%) », votre chanson la plus célèbre. Un groupe doit-il être engagé politiquement dans ses chansons ? Crois-tu que les gens peuvent changer après avoir écouté une chanson comme ça ?

—JΔ3 : La puissance d’une chanson est parfois extraordinaire. J’espère de tout mon cœur que certains ont été touchés et ont changé leur façon de voir les choses.

—Globalement, le T-Circle, c’est quoi ?

—JΔ3:Theee T-Circle est une réunion de créateurs d’horizons variés. Musique, photographie, peinture, cinéma, sexualité, bande dessinée…

—Tu as quitté le groupe en 1989, peux-tu nous dire pourquoi ? Qu’as-tu fait avant ton retour dans les années 2000 ?

—JΔ3 : J’ai quitté le groupe pour raisons familiales. J’ai fait le tour du monde et des sept mers, j’ai regardé mes enfants grandir. J’ai été le chanteur d’un groupe hardcore-métal qui s’appelait Unclean.

—Avec Brain Sektor, un autre projet, tu as sorti deux disques, n’est-ce pas ?

JΔ3 : En effet ! Sans commentaires !

—Un autre de tes projets, nEGAPADREs.3.3., est une continuation de à;GRUMH… Le premier album est sorti en 1987 et le groupe a fait son come-back en 2006 avec un nouvel album. Tu peux nous en dire plus à ce propos ? Il existe bien un nouvel album, Binche, qui est prêt à sortir ?

—JΔ3 : nP.3.3. nous permet d’exprimer le côté dark, industriel, rituel, de notre musique. nP3.3. est né de l’envie de PIAS. Notre label pensait qu’enregistrer de la musique si différente était un suicide commercial si on gardait le nom de à;GRUMH…

—Avec des gars de Skinny Puppy, tu as créé un autre projet parallèle, A Chud Convention. Seul un 12″ est sorti (avec deux longues pistes), qu’est devenue cette collaboration ? Le nom est tiré du film d’horreur des années 80, non ?

—JΔ3 : Après une tournée européenne merveilleuse et magique avec SP, on voulait tous laisser un témoignage de notre complicité.

—Certains membres du groupe ont également joué en tant que Theee Rebearth Corporation v.3.47. Sous ce pseudonyme, il existe un album sorti en 1988 appelé Verses. Peux-tu nous donner plus d’infos là-dessus ?

—JΔ3 : Theee RC est le nom utilisé pour les créations musicales des membres des T-Circles. Cependant, un des membres de ce projet doit être SΔ3 ou moi.

—Vous avez donné le dernier concert du groupe et le second J∆55 eKOJ lors du BIMFEST. Une chance que le groupe se reforme ? Vous n’auriez pas sous le coude quelques chansons non publiées ?

—JΔ3 : Pour le moment, à;GRUMH… est dormant. Mais effectivement, on a des chansons non publiées, qui sait…

—Ton nouveau projet s’appelle Hà;People 3 55. Quand as-tu lancé ce groupe ?

—JΔ3 : JΔ55 et moi, on a commencé HP après avoir remixé AKALOTZ, un groupe d’EBM allemand qu’on aime beaucoup. JΔ55 a enregistré des séquences, des sons étranges et des voix qu’on n’utilisait pas et a composé un diamant brut à partir de tout cela. Notre première chanson était née.

—Hà;People 3 55. a sorti un nouvel album l’année dernière, El día de la bestia. Que peux-tu nous en dire ?

—JΔ3 : Avec El día de la bestia, on explore d’autres zones musicales. Musique industrielle, musique rituelle, dark ambient subissent une métamorphose pour se transformer en doom industriel.

—J∆55 eKOJ : El día de la bestia est une trilogie. Les deux prochains opus sont presque prêts. On essaiera de proposer quelque chose d’un peu différent à chaque fois, tout en restant dans le domaine de la musique dark et industrielle. Pour développer la musique, j’utiliser de vieux synthés, mais aussi des samples, ainsi que des processeurs d’effets. Cependant, ce n’est pas impossible qu’on ajoute de la guitare acoustique, par exemple. Hà; PEOPLE.3.55 est un projet très expérimental et on ne veut pas se fixer de limites. Peut-être qu’un jour on reviendra à l’EBM, qui sait ?

Traduction : Emmanuelle Ambert

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