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Interview : Vexillary

par Violeta

Nous avons pu suivre l’évolution musicale du projet de musique électronique Vexillary au bout de ses 6 EP, au cours de laquelle il a embrassé sa part d’ombre. Après avoir rédigé la critique de ses derniers travaux, aujourd’hui c’est Reza Seirafi en personne qui, dans cette longue interview, nous explique la composition, la structure et les propriétés de la matière formant sa musique. Le 31 octobre, on aura l’occasion d’écouter son premier disque tant attendu, Full Frontal Lunacy, au format numérique et cassette.

Cover Photo: Tuek

Photo: Nick Starichenko, effects by Tuek

—Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique électronique ?

—J’ai toujours plus ou moins aimé la musique électronique, mais j’ai vraiment été dingue de ça avec l’arrivée des sons de Warp Records. Vers la fin des années 90, Aphex Twin, Autechre et d’autres membres de ce label, étaient en avance sur leur temps en matière de technicité et de futurisme. Ils m’ont donc poussé à m’intéresser aux rouages qui se cachent derrière la création de ce genre de musique.

Par chance, il y avait un pôle de musique électronique dans ma fac où j’ai intégré un cours sur les bases de l’enregistrement pour lequel on a dû composer une petite chanson électronique sur une cassette en guise d’examen final. Je n’ai pas eu à passer beaucoup de temps au milieu des synthés et des séquenceurs pour prendre conscience que ça me passionnait.

J’ai terminé la fac avec quelques exploits à mon actif, mais c’est cette cassette avec cette chanson bizarre à l’ambiance sombre que j’avais composée qui m’a le plus profondément marqué. Après, ça n’a été qu’une question de temps avant que j’assemble du matériel de studio. Depuis, je suis allé de l’avant.

—Pourquoi as-tu choisi de t’appeler Vexillary ? Te considérais-tu comme le porte-étendard de la musique électronique ?

—J’ai commencé avec un autre surnom au début, mais juste avant la sortie de mon premier EP, j’ai paniqué et je me suis dit que je devrais trouver un nom crédible avant de me retrouver coincé avec. Je me souviens avoir eu un rhume carabiné quelques jours avant la finalisation de la pochette. J’ai attrapé un dictionnaire dans lequel j’ai lu presque tous les mots. J’en ai trouvé des bons ainsi que des jeux de mots intéressants, mais tout ce qui était amusant était déjà utilisé d’une façon ou d’une autre. Ensuite, je suis tombé sur « Vexillary » et sa signification (porte-drapeau, en latin : vexillum). Je me fichais de la signification, mais j’aimais beaucoup l’apparence de ce mot. Il sonnait et ressemblait vraiment à un truc de sorcellerie. En plus, il n’avait pas encore été utilisé ! Le mot a aussi une signification mathématique et une application qui m’ont beaucoup intrigué étant donné qu’à l’époque j’étais à fond dans l’IDM. J’ai partagé ça avec le label juste à temps pour la finalisation du design et me voilà dix ans plus tard, toujours en train de l’utiliser.

—Dans ton premier EP, Taste Masking, on entend quelques influences drum n bass, en particulier dans « Extinct Genus Mammuthus ». Est-ce que ce style de musique t’intéressait ? Quelle était l’ampleur de la drum n bass en Amérique ? Comme tu le sais, en Europe on avait principalement de la d n b du Royaume-Uni et on ne sait pas grand-chose de celle qui est produite en Amérique.

Photo: Nick Starichenko

—Assurément, je dirais que de manière générale la bass music a eu et continue d’avoir de l’influence sur moi. J’ai toujours aimé les groupes live et les concerts, mais après les spectacles, je voulais continuer à écouter de la musique et sortir à des soirées Techno ou drum n bass, ça dépendait de la nuit.

Vers 2010, la bass music a connu un véritable essor. À New York, de nombreuses fêtes de dnb étaient organisées dès le début de la semaine, et se déroulaient assez tardivement. Parfait pour mon train de vie de l’époque ! Je préférais la Dub War Party du vendredi. J’en ai rarement manqué pendant toute la durée de l’évènement et j’ai vu presque tous les pionniers britanniques venir y jouer. J’allais même en coulisse pour observer la sono afin d’essayer de déterminer combien de couches de basse comportait chaque morceau.

Même si les États-Unis ne manquent pas de labels et de producteurs de bass music, j’écoutais surtout les sons britanniques que tu as mentionnés. Du côté DnB, tout ce qui vient des labels Metalheadz ; Renegade Hardware faisait l’affaire aussi ainsi que les premiers morceaux de dubby d’Hyperdub, mes favoris.

En fin de compte, je n’ai composé que deux chansons de DnB pour me frotter au genre, dont« Extinct Genus Mammuthus ». J’expérimente toujours avec des beats à mi-chemin de la DnB avec « Annihilation », un exemple parfait qui se trouve dans le dernier EP. L’influence du dub est bien plus fréquente sur mes sorties, mais j’ai mis tout ça en pause pour le prochain album. Je sens qu’à l’avenir j’y reviendrai quand même, on verra bien.

—Pourquoi as-tu mis autant de temps à sortir le deuxième EP ? C’était censé être un album intégral, n’est-ce pas ? Que s’est-il passé ?

—C’est une histoire intéressante, frustrante pour moi à l’époque, mais très pédagogique. Juste après le premier EP, j’ai inventé le concept de Chemica Divina, un qui portait sur la manière dont la chimie influence nos vies. C’était une direction très inspirante qui se prête bien aux pistes variées. Je me suis très vite aperçu que j’avais de quoi en faire un album.

Bien que les morceaux soient unifiés par ce thème, ce projet comportait trop de tempos et de styles différents. On peut dire qu’il souffrait d’un manque d’unité musicale, ce qui me semble évident maintenant. Finalement, Blaq Records a choisi de le sortir comme un EP avec seulement 2 des chansons d’origine et quelques remixes.

Je pense que c’était le bon choix, mais ça a fini par me renvoyer quelques années en arrière avec des pistes inédites qui me sont restées sur les mains (quelques-unes sont encore sur ma page SoundCloud remontant au début du milieu de 2010).

Cette expérience a toutefois eu un côté positif  : elle m’a permis de mieux appréhender le processus de création d’un album et la façon dont les pistes doivent fonctionner ensemble, agir les unes avec les autres lorsqu’elles sont groupées en vue d’une sortie intégrale. À présent, mon premier album, Full Frontal Lunacy, sortira dans quelques mois. Je suis heureux de vous dire qu’il sera beaucoup plus solide grâce à ce que j’ai appris de l’ère Chemica Divina.

Les morceaux originaux conçus pour cet EP ont vraiment bien fonctionné ensemble. Ils ont été composés les uns après les autres, avec beaucoup de sons identiques. L’un des sons principaux possédait une touche ambient austère qui n’est pas sans rappeler certains sons d’Autechre.

—Dans Chemica Divina, je vois plus d’influences d’IDM, j’ai aussi lu qu’Autechre était l’une de tes influences. Comment est-ce que cela a influencé ton travail ?

—Pour moi, Autechre tient une place très importante dans ma liste d’influences. Tout d’abord, ils ont toujours eu un côté techno dans la trame de leurs beats (bien que fortement traités et mutés de sorte qu’ils soient difficilement identifiables, mais toujours là). Ils étaient/sont aussi les rois de l’abstraction, comme une version électronique de Rothko ou Pollock, où peu importe à quel point les sujets qu’ils abordent paraissent abstraits, ils ne perdent jamais de leur sens. Enfin, ils semblent représenter l’avenir de la musique classique sombre. Coil, les présente également comme une vision moderne de ce qu’ils faisaient.

—À l’évidence, ta musique s’est assombrie avec CrossFire. Tu as aussi nommé Coil et Skinny Puppy dans tes références « dark ». Ces groupes avaient-ils de l’importance pour toi durant cette partie de ta vie ? Qu’as-tu aimé chez eux ?

—Les groupes de dark electronic comme Coil, Skinny Puppy et d’autres venus du même moule ou du même pedigree industriel ont été la première et principale de mes influences musicales. En fait, l’une de mes premières chansons est une sorte de rejeton du son dark ambiant du milieu des années 90 de Coil. En vérité, lorsque j’ai commencé à prendre la musique au sérieux, il m’a semblé crucial que je m’éloigne des sons que j’aimais le plus. Je pensais avoir quelque chose de nouveau à offrir au début dans d’autres directions, c’est pour cela que les 2 premiers EP sont si différents de CrossFire et des suivants. Je respectais trop ces artistes pour tenter de voler leurs idées avec de pâles imitations, alors je suis resté à l’écart. Mais mon âme sombre a finalement trouvé un moyen d’exploiter ce genre de son. Avec l’EP CrossFire, j’ai ajouté certaines des influences de la bass music, de la techno et de l’IDM à ce style dark, un résultat qui a apporté une certaine fraîcheur et qui ressemblait à ma vision de ce genre. On peut dire que j’ai commencé à trouver mon propre son avec cet EP et depuis, j’ai continué à évoluer dans cette direction.

—C’est la première fois que tu commences à travailler avec des voix. Comment ça a changé ta façon d’aborder la musique ?

—L’EP CrossFire m’a donné une voix à plus d’un sens. La voix est venue naturellement, car j’avais besoin de m’exprimer davantage. Ça a commencé avec quelques parties vocales sur le dernier morceau de cet EP, mais c’était suffisant pour m’inciter à en faire plus. Je ne me considère pas comme un « vocaliste » au sens propre du terme, mais avec le temps, j’ai appris à utiliser ma voix pour certaines chansons comme un élément musical à part entière. Avoir Dictatress sur « Heart Attack » a boosté ma production vocale. Se trouver dans la même pièce qu’une vraie chanteuse et lui faire jouer des parties est une sensation vraiment spéciale. Cette collaboration a jeté les bases pour que plus de chanteurs participent au prochain album. Outre Warteraum, présente sur le single « Scent of Torture », l’Italienne Angela La Strange, a également chanté sur une chanson intitulée « The Descent ». Les sessions de Full Frontal Lunacy sont très inspirantes sous bien des aspects, aussi bien vocaux que pour les paroles. Au total, ce sont 5 des 8 titres de l’album qui comportent des voix et des mots, ce qui donne à chaque titre un caractère unique.

Photo: Nick Starichenko

—J’ai lu que tu aimais Foetus. Malheureusement, je n’ai pas souvent l’occasion de parler de lui. Comment as-tu commencé à t’intéresser à sa musique ?

Jim Thirlwell est l’un des artistes les plus sous-estimés de notre temps. De précurseur de la musique industrielle à la composition de partitions, il a tout fait et reste extrêmement humble à ce sujet. J’ai eu la chance de pouvoir le rencontrer au fil des ans lors de concerts ou chez des disquaires à New York, et il s’est toujours montré disponible pour parler musique. On finit toujours par parler de rock prog, mais on devrait garder ce sujet de conversation pour une autre fois. Je me suis intéressé à son travail lorsque j’ai mis les pieds dans la musique industrielle, ainsi qu’à ses albums qui se démarquent dans le genre. Il est doué pour apporter des styles différents de façon inattendue et ça m’a toujours marqué. Bien entendu, sa musique est radicalement différente de la mienne, mais l’âme de ses disques m’a toujours beaucoup inspiré. Il a composé ses albums seul à une époque où le matériel de studio était beaucoup plus difficile à utiliser que les outils dont nous disposons aujourd’hui. C’est ce qui m’a définitivement convaincu d’essayer mes propres recettes. En outre, à partir du moment où j’ai su ce qu’il avait accompli tout seul, je n’ai plus toléré aucune excuse.

—J’ai constaté de grands progrès dans la composition de « The Brutalist ». Étais-tu davantage intéressé par l’écriture de chansons dans cet EP ?

—C’est intéressant que tu l’aies remarqué. Sans vouloir paraître ringard en matière de théorie musicale, ce disque est le premier où j’ai commencé à travailler avec des gammes musicales prédéfinies. En gros, toutes les notes appartenaient à la même tonalité. On retrouve encore quelques surprises sur la piste titre, mais tout est plus méthodique. Jusqu’à ce que tout le reste soit enregistré avant que tout ne soit compilé par l’écoute. Ça me semble dingue d’avoir continué pendant si longtemps à écrire des riffs sans lien les uns par rapport aux autres alors que ça prend beaucoup de temps de travailler de cette façon. Mais avec « The Brutalist », j’ai plus étudié la musique et ça se voit dans le résultat. Mon esprit fonctionne déjà d’une manière très chaotique, alors l’associer à un groupe de notes plus petit par chanson est une limite vraiment salutaire. Et depuis, c’est devenu un élément clé de ma technique d’écriture, une technique qui m’a énormément aidé à composer les chansons du projet.

SurViolence était basé sur ce qui est arrivé à Snowden. Que souhaites-tu transmettre grâce à ta musique ? À ton avis, la musique peut-elle changer la société ou au moins faire réfléchir les gens ?

—Je pense qu’il est parfaitement possible de créer de la musique qui ne  pas d’histoire ou de concept précis, mais pour moi, c’est insuffisant. La phase de conception de l’album perpossèdemet de donner un but et un élan au projet. Chaque chanson se transforme en un personnage de l’histoire qu’on raconte. Le concept qui sous-tendait SurViolence portait sur ce contre quoi Snowden nous mettait ou nous met encore en garde.

Je connais des gens qui ne sont pas conspirationnistes, mais qui recouvrent quand même les caméras de leurs appareils parce qu’ils pensent être surveillés en permanence. La paranoïa et les implications sociales de la culture de la surveillance sont inéluctables, c’est pourquoi elles sont désormais la force motrice de cet album.

Je ne suis pas sûr que la musique ait le pouvoir d’inspirer le changement comme autrefois, mais elle peut certainement faire réfléchir les gens. L’art en général peut nous aider à avoir une vision différente, en nous permettant de nous regarder dans un miroir. Curieusement, il n’est pas nécessaire de faire beaucoup de recherches pour trouver et s’inspirer de concepts complètement déments. Des trucs complètement dingues se produisent juste sous nos yeux, nous avons juste tendance à détourner le regard. Ma musique les place sous un microscope.

Photo: Andrii Didyk

—J’ai lu quelque part que tu voulais faire seulement cinq EP. Pourquoi ?

Après avoir sorti mon premier EP, j’avais la sensation que 5 serait un nombre largement suffisant. Mais j’ai atteint ce stade assez vite et c’est alors que j’ai réalisé que je ne faisais que commencer. Je viens de terminer mon premier album et, à ce stade, j’ai l’impression que trois seront suffisants, mais je suis certain que j’en composerai plus.

En général, la consommation rapide de musique de ces dernières années pousse les artistes à sortir de plus en plus de matériel. Aujourd’hui, les gens sortent 5 EPs en moins de 2 ans. Je pense que cela en dit plus sur l’école de pensée actuelle et celle d’il y a dix ans en arrière.

Le défi est de s’éditer soi-même et de mettre en avant les meilleurs morceaux les plus marquants.

—Le premier single du nouvel album est plus darkwave. Est-ce un genre qui t’intéresse en ce moment ?

Je me suis mis à la darkwave ces dernières années, mais je ne considérais pas mon projet comme tel avant la sortie du single « The Geneticist » et de ses remixes. La presse a commencé à m’étiqueter comme un artiste de darkwave, ce qui m’a surpris, car je pensais m’adonner à un autre style.

Toutefois, « Scent of Torture » est bien inspiré de la darkwave et d’une touche de techno. Je me souviens avoir regardé le set d’Ellen Alien pour HOR Berlin l’année dernière. Elle a mixé un titre de Figure Study datant de 8 ans avec un rythme techno. Le résultat était génial. Dès que j’ai entendu ça, j’ai voulu faire un morceau similaire et j’ai commencé à travailler sur « Scent of Torture ». Cela en dit long sur la position d’influence qu’occupent les DJ, qui, comme tous les bons artistes, nous aident à adopter un angle d’observation différent. Bien sûr, BPitch Control et ses productions originales possèdent une position influente depuis un certain temps déjà, mais c’est incroyable quand les DJs ne se contentent pas de mixer uniquement les dernières tendances et insufflent une nouvelle vie à différents styles musicaux.

La touche darkwave, je la dois à WARTERAUM qui a posé de magnifiques lignes vocales sur ma compo. À la base, j’ai écrit cette chanson pour une voix féminine, en pensant qu’elle serait plus provocante d’un point de vue féminin. Ayant travaillé avec Dictatress dans le passé, j’ai également voulu la faire figurer sur le morceau. Cependant, je n’ai pas réussi à la contacter après avoir composé la chanson. Assez vite, j’ai pensé : « Bon sang, qui va bien pouvoir chanter ? » Je ne suis pas le genre de producteur qui a une liste de chanteurs longue comme le bras à contacter. Heureusement, j’avais rencontré Misha alias WARTERAUM sur un forum de producteurs. Je lui ai écrit un message désespéré et elle a accepté avant même d’avoir entendu la chanson. Je suis vraiment heureux du résultat. Un grand merci à elle. J’encourage vos lecteurs à écouter ses compos, s’ils veulent découvrir de la bonne synthpop.

—Cette chanson t’a été inspirée par ton travail dans l’industrie du parfum et par tes études de chimie. Tu peux nous en dire plus ?

Photo: Nick Starichenko, effects by Tuek

—Le travail en laboratoire et les études scientifiques ont façonné la manière dont j’aborde chaque projet dans la vie. Mon état d’esprit scientifique ne me quittera jamais. Je commence par conceptualiser (théoriser), expérimenter et analyser le résultat encore et encore jusqu’à ce que je sois prêt à arriver à une conclusion. Mon processus de création musicale est identique.

La structure de conception des parfums et la production musicale partagent également de nombreux aspects. La musique et les parfums sont deux langages très sensibles au temps, et qui exigent un bon équilibre afin de fonctionner. Les ingrédients des parfums soient communément appelés « notes ». Les basses et les fréquences inférieures sont similaires aux notes de fond d’un parfum, les médiums et les rythmes occupent un espace similaire à celui des notes de cœur. Quant aux fréquences supérieures, elles sont similaires aux notes de tête du parfum, et correspondent à ce qui attire l’attention dès le départ, comme les voix et les parties principales, sur fond de fréquences/ingrédients.

—Je retrouve un nouvel élément dans ta musique, surtout dans le premier mix. Nous, Européens, l’appellerions New Beat, mais j’ai aussi lu que tu t’intéressais à « l’appétit récent de la culture club pour des BPM plus rapides ». Alors, comment appelles-tu ce nouvel élément ?

—Je pense qu’il y a deux éléments en jeu ici, l’un est le BPM et le rythme de la chanson, et l’autre est le mélange des styles. En termes de BPM, on a l’impression que tout est un peu plus rapide ces dernières années. Ce phénomène est probablement plus évident dans la techno en ce moment, où certains éléments sont virtuellement indiscernables de la trance des années 90 ou même du hardcore.

La démence étant un thème commun de l’album, il était logique de créer une sensation d’hystérie et d’agression à travers le rythme plus rapide des chansons. À mon sens, le style techno à 140 BPM était le meilleur moyen de transmettre cette sensation d’agression, c’est pourquoi je l’ai utilisé comme un ingrédient.

C’est intéressant de voir que tu as aussi remarqué la touche de New Beat. Elle relève plus d’une coïncidence. Si je ne me trompe pas, les définitions traditionnelles du New Beat comportaient un mélange de house et d’EBM. On peut certainement le vérifier sur le mix original de « Scent of Torture », avec son mélange de lignes de basse de type EBM et de rythmes dance traditionnels.

—Le deuxième single du prochain album s’appelle Burnt Leather. On retrouve un remix avec la piste originale. Comme pour la chanson précédente, je préfère le remix. Tu es également en train de réaliser une vidéo pour le remix. Comment abordes tu les remixes de tes propres chansons ?

—Je suis probablement l’un des rares artistes électroniques qui ont été remixés plusieurs fois (7 fois pour être exact), mais qui n’avait jamais fait de remix lui-même ? Jusqu’à ce que je remixe « Scent of Torture » et « Burnt Leather ». Je savais qu’il s’agirait des premiers singles de l’album, mais je ne voulais pas les sortir en tant que tel. J’ai donc pensé qu’un remix unique leur conférerait une certaine unicité, et pousserait les auditeurs à écouter le reste de ma musique.

J’étais vraiment anxieux quand j’ai approché ces singles et je manquais de temps. J’ai commencé par « Scent of Torture » : j’ai baissé le tempo, enlevé les parties principales, ajouté un accord moteur et de nouvelles lignes principales pour un effet beaucoup plus sombre. J’ai été surpris de constater que quelques changements suffisaient à créer une ambiance totalement différente. J’ai tellement aimé le résultat que j’ai choisi de réaliser le clip de cette version remixée.

Le jour suivant, j’ai continué avec « Burnt Leather », où j’ai remplacé la ligne de basse par une basse beaucoup plus simple, mis le chant principal en boucle et ajouté une progression d’accords simples et quelques nouvelles lignes de chant pour avoir une version plus énergique. Et encore une fois, le résultat était totalement différent, même si le remix partageait le même châssis que l’original. J’ai tellement aimé cette version qu’en fait elle figure sur l’album à la place de l’original et, une fois de plus, je réalise le clip de la version remixée.

J’adorerais faire plus de remixes, pour mon travail et celui des autres, car le résultat obtenu dépassait mes espérances. Pour mon prochain remix, je compte bien obtenir un résultat radicalement différent du morceau original, pour voir où cela me mène.

—Pour l’aspect visuel de ton travail, tu as travaillé avec Luqman Ashaari et Svitlana Zhytnia. Comment « vois-tu » ta musique ?

Ma musique possède un fort côté visuel, qui a été en partie inspiré par les bandes-son. Pendant longtemps, il a demandé à être associé à des images. Après quelques ratés du côté de la création vidéo, j’ai finalement pu souffler lorsque Luqman a proposé son art numérique original comme ingrédient du clip « Maritime Panic ». À la même époque, j’ai découvert par hasard le travail de Svitlana en tant que créatrice vidéo, et nous avons bossé ensemble pour monter cette première vidéo.

Depuis « Maritime Panic », un souffle nouveau a été insufflé à mon projet. J’ai produit dix vidéos en un peu plus d’un an (les vidéos de « Burnt Leather » et « Full Frontal Lunacy » sortiront très bientôt). Je considère désormais l’aspect visuel du projet comme un élément clé de mon travail et j’espère continuer à évoluer et à pousser le côté visuel au fur et à mesure que la musique progresse. Je tiens également à remercier dith_idsgn qui est un créateur de vidéos vers lequel je me tourne pour mes vidéos plus austères.

C’est formidable d’être en mesure de proposer des idées et de les voir prendre vie entre les mains du bon expert. Je pense que, tout comme les différents styles musicaux de mon son, j’aime expérimenter différents styles de vidéo pour raconter une histoire unique avec chaque single/vidéo.

—Que peux-tu nous dire de ton futur album, Full Frontal Lunacy ?

—J’avais le titre en tête depuis un moment. J’étais persuadé qu’il s’agirait seulement d’un titre de chanson. La première chanson que j’ai composée après l’EP SurViolence s’appelait « Burnt Leather ». Elle correspondait au thème général de la folie. J’ai ensuite composé une chanson intitulée « Absinthe Minded » qui explorait la même direction. Très vite, je me suis rendu compte que je composais un album sans vraiment le planifier.

À l’approche de l’hiver 2020/2021, il n’y avait pas beaucoup de changement en termes de restrictions pandémiques et je commençais à ressentir la fièvre de la cabine due à l’isolement croissant. Inutile de dire que j’avais la toile de fond parfaite pour créer un album qui explore la mort mentale.

Quelques mois d’enregistrement intensifs ont suivi. J’ai travaillé 24 heures sur 24, souvent en absorbant de fortes doses de caféine, pour rester dans l’état d’hystérie nécessaire afin d’atteindre l’intensité suggérée par le titre du disque. C’était de loin la période d’enregistrement la plus efficace que j’ai jamais eue. En outre, Fort de mon expérience de l’époque de Chemica Divina, je savais comment composer un album de la bonne manière.

Les huit titres qui en résultent documentent le déclin d’un protagoniste, depuis son flirt avec la folie jusqu’à son effondrement total. Il y a aussi des clins d’œil à la folie générale de la société, donc il y a plusieurs couches de signification, comme toujours. Je suis très heureux de partager avec vous cet ensemble. C’est sans doute la meilleure musique que j’aie jamais créée, et elle annonce une nouvelle étape du projet.

Photo: Andrii Didyk

—Après avoir enregistré six EP, est-ce un grand défi que de devoir enregistrer un album ?

—C’est une entreprise énorme à laquelle j’ai dû m’habituer. Le plus grand défi a été de rester concentré et d’écouter où la musique voulait aller plutôt que de la forcer. Heureusement, le concept du disque se prête à de nombreuses idées, approches et sons.

C’était une période étonnamment inspirée, même si je ne travaillais pas de manière saine et que je suis devenu obsédé par l’album et son processus de création. J’étais tellement obsédé par ce disque que j’ai fini par créer mon propre label (con:trace) pour le mener à bien jusqu’à sa sortie sans aucune interférence.

J’ai aussi dû apprendre à ne pas trop m’enthousiasmer pour ce travail et à éviter la tentation de m’arrêter à mi-chemin pour en faire un EP. Je prévoirai certainement d’autres EP après cet album, mais je réserve les idées les plus importantes au format complet.

—À ton avis, quelle a été l’évolution de ta musique jusqu’à cet album ?

—Cet album est sans aucun doute l’apogée du projet Vexillary jusqu’à ce jour. J’ai appris de mes erreurs, et j’ai emprunté le chemin le plus difficile pour m’assurer que cet album soit le meilleur possible.

Sur le plan sonore, je m’appuie un peu plus sur le matériel analogique, ce qui donne à l’album un aspect chaleureux et parfois bruyant. Je m’en tiens ici aux mêmes outils et reste dans des genres et des tempos très similaires pour plus de continuité. L’album est un mélange sain de darkwave, de techno et d’industriel. Il penche plutôt d’un côté ou de l’autre selon les besoins de la chanson.

Par exemple, les aspects les plus agressifs de l’histoire sont racontés dans des chansons techno comme le morceau-titre et « Maniac ». Pour transmettre un sentiment de perte, quelle meilleure approche que les sons industriels plus froids utilisés sur des chansons comme « The Descent ».

Si j’analyse aujourd’hui le processus d’enregistrement, je dirais que toutes les décisions ont été méthodiquement réfléchies pour transmettre l’histoire la plus forte possible. J’ai finalement abouti à une version évoluée du son plus sombre que j’ai d’abord exploité avec l’EP CrossFire, il y a quelques années.

—Aura-t-on la possibilité de te voir jouer en live dans le futur ?

—Oui !

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