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Interview : The Foreign Resort

par François Zappa

De toutes les significations qu’a eues le nom de The Foreign Resort, celle qui nous plaît le plus est : incroyable groupe de post-punk qu’attend un avenir brillant. Ils sont sur le point de sortir un nouveau disque, Outnumbered, qui, s’il existe une justice dans ce monde, les propulsera vers la célébrité. On a parlé avec Mikkel Borbjerg Jakobsen, chanteur et guitariste du « hardest touring band in show business » de beaucoup de choses, même de politique. Ils joueront les premiers sur la scène Cave Stage le dimanche 18 au W Festival.

—Pourquoi avoir choisi un nom comme The Foreign Resort ? Quelle est l’histoire de ce nom ?

—Le nom de notre groupe a eu plusieurs significations au fil des années. C’est comme une chanson qui a plusieurs significations en fonction de votre humeur. Au début, il voulait dire « l’endroit où vous voulez aller, qui n’est jamais à la hauteur de vos attentes ». Ensuite, pendant très longtemps, il a signifié « évasion ». Vous savez, comme « l’herbe est toujours plus verte ailleurs ». Et dans la même veine, la signification actuelle serait « la fièvre de la tournée ». Notre programme de tournée est assez intense pour un groupe jouant de la musique d’alcôve dans des salles de 100 à 200 personnes.

Le groupe a commencé en 2006. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos premières années ?

—Au début, on ne faisait pas grand-chose mis à part essayer de trouver notre son. On ne savait pas vraiment comment produire le son qu’on recherchait. On voulait jouer du noise rock, du shoegaze, mais on n’avait aucune idée de comment créer le son. On avait de l’ambition et on a répété encore et encore. Je suis sûr que ça nous a aidés à avoir un son très précis en concert. Ensuite, on a commencé à ajouter de plus en plus de pédales d’effet à notre installation.

—Offshore, votre premier album, sort en 2009. Est-ce bizarre de commencer sa carrière avec un album complet ? Avez-vous sorti un single ou un EP auparavant ?

—Non, Offshore est le premier matériel qu’on a sorti. Avant ça, il y a bien eu une démo, où Mikkel a enregistré tous les instruments, mais elle n’est jamais sortie de façon officielle. On avait assez de chansons d’une durée suffisante, donc on a tout enregistré et tout sorti.

—Pouvez-vous nous en dire plus sur l’enregistrement du premier album ?

—On s’est beaucoup amusés, mais on a connu pas mal de frustrations aussi. On avait tous enregistré quelque chose avant, mais dans cette constellation, on ne savait toujours pas quel serait notre son. On s’est donc reposés sur l’expertise de Bo Karlsson, l’ingénieur du son qui s’est occupé de mixer les albums. Écoutez le dernier matériel qu’on a sorti, Outnumbered. C’est lui qui s’en est occupé aussi, mais cette fois, on savait exactement quel type de son on voulait. Le résultat est très différent.

—Pensez-vous que vous avez trouvé votre son avec votre EP The Foreign Resort ?

—Vous avez remarqué ! C’est exactement ça. Un mur de son, de backtracks ainsi que de basse et de guitare noyé dans des effets comme un chorus, une reverb, un delay et un fuzz. L’expression était aussi plus simple, mais le son énorme.

—La compilation Scattered and Buried, sortie en 2012, comporte des remix, 4 nouvelles chansons et une nouvelle version d’une chanson de 2009. Pourquoi avoir sorti cette sorte de compilation au lieu de sortir juste les nouvelles chansons sur un EP ?

—Toutes les chansons étaient prêtes et on voulait les sortir en même temps. C’est ce qu’on a fait. C’était une bonne idée de les sortir sur un LP. Les nouveaux morceaux et la reprise sont sur la face A et les remix sur la face B.

—Que pouvez-vous nous dire sur New Frontiers, sorti en 2014 ? Cette fois, vous l’avez enregistré dans un bon studio, pas vrai ?

—Notre bassiste de l’époque a remarqué que nos amis de Dead Leaf Echo avaient travaillé avec John Fryer, connu pour créer un bon son pour les groupes auxquels on s’identifiait. Alors on a contacté John, et on lui a demandé s’il voulait produire, être l’ingénieur et mixer notre album. Pour enregistrer avec John, on avait besoin d’un meilleur équipement que notre studio de répétition au sous-sol. On a donc réservé 10 jours au Black Tornado Studios à Copenhague. On peut dire que c’était plus une question de besoins que d’envie de sortir quelque chose de plus gros. On savait que John Fryer était connu sur la scène shoegaze et post-punk. On espérait qu’avoir son nom sur notre album nous aiderait, et dans une certaine mesure, ça a été le cas. On espérait que le nom et le son qui en sortiraient attireraient plus de gens.

—Votre EP de 2005, American Dream, a été enregistré dans un sous-sol où vous répétiez et où vous n’aviez pas de matériel analogique. Pourquoi ce changement par rapport à l’enregistrement précédent ?

—Chaque fois qu’on passe du temps à enregistrer du nouveau matériel, on a envie de faire l’opposé la fois suivante. Après avoir dépensé une fortune sur News Frontiers, on voulait quelque chose de plus simple et moins cher. Des chansons plus simples également. C’était principalement une expérience et on voulait s’éloigner des effets analogiques chers. On voulait voir ce qu’on pouvait obtenir avec le moins possible.

—Quel est le rêve danois ?

—On pourrait dire qu’on rêvait de devenir célèbres aux États-Unis. Un pays où on tournerait beaucoup. En vrai, je ne crois pas qu’il existe de rêve américain au Danemark. Ici, on l’appellerait par son vrai nom : mobilité sociale, une chance pour tout le monde d’escalader l’échelle sociale, qui existe toujours au Danemark, contrairement aux États-Unis.

—J’ai lu que vous étiez intéressé par la politique américaine. Pensez-vous que les choses peuvent empirer ?

—Les choses peuvent toujours empirer, mais on a effectivement atteint le fond. Ça vaut pour les États-Unis et pour l’Europe. Je fais référence à la montée du nouveau socialisme national, qui s’applique aux partis socialistes nationaux racistes qui gagnent en puissance dans toute l’Europe, effrayée par l’immigration et qui accusent les étrangers de leur « voler leur argent », de la même façon que Trump a été élu président et de la même façon que Hitler a accédé au pouvoir. Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que c’est le monde des entreprises, le 1 % qui détient le monde qui nous vole notre argent. Et tant que ce 1 % peut tromper l’ignorant, on en restera à ce point ou les choses empireront.

—Vous avez tourné 13 fois aux États-Unis (selon une interview de 2016, je suppose que vous l’avez refait quelques fois entre temps). Avez-vous une histoire amusante à nous raconter ?

—J’ai des tonnes de bonnes histoires à vous raconter de ces tournées aux États-Unis. On aime rencontrer des gens et parfois, ça arrive par hasard. La dernière fois qu’on a joué au SXSW à Austin, au Texas, on a été hébergé par deux cyclistes super sympas. Ils ressemblent aux ZZ Top et nous ont vraiment bien traités. On allait dépenser une fortune dans un hôtel très cher, et ils nous ont sauvés en nous invitant chez eux pendant la durée du festival. La nuit, lorsqu’on rentrait du festival, on restait un moment sur leur terrasse couverte à l’arrière, pour se détendre et parler. Ces choses-là nous marquent longtemps et font que ça e vaut la peine.

—Vous avez dit que vous avez plus de fans en Allemagne, aux États-Unis et au Canada que dans le reste du monde. Selon vous, pourquoi ? Qu’est-ce que rate le reste de l’Europe ?

—Je ne suis pas sûr que l’Europe rate quelque chose. C’est juste que plus de personnes viennent aux concerts de musique de notre genre aux États-Unis et en Allemagne. La scène existe aussi dans les autres pays, mais il faut viser des villes spécifiques. Comme ici, au Danemark, il faut viser Copenhague et Odense. Dans le reste du pays, il y aurait cinq personnes à notre concert. Parfois, il faut juste un organisateur dédié à sa cause, comme Stengade à Copenhague ou encore Sanctuary à Prague, pour ressusciter la scène et pour que les gens recommencent à venir à ce type de concerts. On apprécie vraiment les gens qui mettent tous leurs efforts pour créer de bons concerts et événements.

—On vient d’interviewer Empathy Test à propos des tournées organisées avec le crowdfunding. Vous aussi, vous l’avez fait. Que pouvez-vous nous dire de cette expérience ?

—En 2015, on a levé des fonds pour payer des visas de travail et d’autres dépenses pour tourner aux États-Unis. Alors, on fixe des prix différents pour que nos fans puissent nous aider. En outre, il était possible de commander notre nouvel album dans différents formats pour qu’on joue un concert intime dans votre salon et qu’on vous prépare un repas danois. La campagne a été un véritable succès et on est partis dans la tournée la plus épuisante qu’on ait connue. On conduisait jusqu’à 10 heures par jour, puis on faisait les courses, on cuisinait, on jouait dans un salon, puis ensuite on allait jouer en live à la salle. C’était très amusant, mais c’était vraiment trop de travail pour une progression bien trop petite. Je n’ai pas de regrets, mais on ne le refera plus.

—Est-ce que vous faites des reprises ?

—Oui, nous avons repris « Stand Back » de Stevie Nicks avec Anna Bouchard du groupe Drowner. Suite à l’enregistrement, on a joué deux fois la chanson pendant le SXSW 2012.

On a fait aussi une reprise de « Under Your Nose » de Pale Saints pour The Blog That Celebrates Itself.

—Pensez-vous qu’il est plus difficile d’obtenir un contrat avec un label de nos jours ?

—Ça dépend sur qui on tombe. Ce sont mes amis qui nous ont présentés aux deux labels avec qui on travaille alors qu’on était en tournée. Plus vous êtes sympa avec les gens que vous rencontrez, plus d’opportunités ressortiront de ces réunions.

—Pour « She is Lost », le groupe a demandé des vidéos de fan. Comment ça s’est passé ?

—Il a fallu du temps pour que cette idée prenne forme. Quelques personnes disaient qu’elles allaient faire une vidéo, puis se sont désistées. Une vidéo était entièrement terminée, et elle était géniale, mais elle avait du contenu protégé donc on ne pouvait pas l’utiliser. Arrive Chris Wallis qui vit en Ontario, au Canada. Il disait qu’il ferait la vidéo et apparemment, il avait une bonne idée du style de vidéo qu’on cherchait. On a un peu baissé nos attentes, car c’était un projet de fan et que Chris le faisait pour nous sans être payé. Mais les résultats obtenus ont dépassé nos attentes. On a adoré la vidéo et la façon donc Chris avait interprété la chanson et les paroles en images. C’est pareil pour notre dernière vidéo, qui a également été faite par Chris Wallis.

—Qu’étaient les Part time Punk Sessions, des versions différentes de morceaux que vous aviez déjà sorti ?

—On peut dire ça comme ça. Le concept de Part Time Punk est de jouer un show à Los Angeles, puis d’enregistrer 4 ou 5 chansons live en studio en relation avec le show. Alors les chansons ne sont pas entièrement des versions, mais elles ont vraiment un son plus sauvage. On a enregistré 16 concerts d’une tournée où on jouait tous les jours.

—Vous avez dit que vous en avez assez des références aux groupes des années 80. Je voudrais donc vous demander quels groupes modernes vous écoutez pour le moment ?

—Bien sûr ! On est influencés par tous les nouveaux groupes du moment. En tournée, on a l’occasion de jouer avec plein de bons groupes que jamais on n’aurait rencontrés ou écoutés autrement. Les groupes qu’on écoute et qui nous influencent un peu sont André Obin, Night Drive, Creux Lies, New Canyons, Film School, A Place To Bury Strangers, ACTORS, Melted Mirror et The Raveonettes entre autres.

—Comment décririez-vous votre relation avec la scène gothique, pensez-vous que le groupe en fait partie ?

—Oui, je pense qu’on en fait partie. Je pense que le groupe n’est pas entièrement gothique, mais musicalement parlant, il est sombre. Les gens de cette scène nous soutiennent beaucoup et sont très impliqués. On se sent privilégiés de jouer avec les nombreux grands groupes et les grands publics qui existent.

—Comment est le public au Danemark ? On n’a jamais assisté à de concert là-bas.

—Il y a un an, j’aurais dit que le public était chiant. Maintenant je dirais qu’il est un peu plus réservé que le public allemand. Les Danois ne dansent pas autant que les Allemands et les Américains. Ceci étant dit, les shows qu’on a donnés et auxquels on a participé en tant que public l’année dernière à Copenhague comptaient plein de gens dansant dans le public. Alors pour le moment, je dirais que le public de la musique goth est génial là-bas. Merci !

—Pourriez-vous décrire votre nouveau disque, Outnumbered. Ça fait un moment que vous y travaillez, pas vrai ?

—Ça nous a pris plus de temps que prévu de finir l’enregistrement. On adore tourner et faire des concerts nous a empêchés d’écrire et d’enregistrer de nouvelles chansons. Mais on a fini par y arriver et on a été très contents du résultat. Comparées aux chansons de The American Dream, les chansons sont un peu plus complexes au niveau du rythme, avec plus de lignes de basse syncopées et de programmation. On sent qu’on s’est améliorés dans l’écriture des chansons, mais ça sera au public d’en juger. Comme on a travaillé avec de nombreuses personnes différentes, on sent que cet album est celui qui a le meilleur son. L’enregistrement et le processus de mix avec Bo Karlsson s’est déroulé comme prévu et Bo a compris comment transformer nos souhaits en son, ce qui n’était pas un travail facile. Alors merci beaucoup pour ta patience et ton professionnalisme, Bo !

—Pourquoi ne voit-on pas de groupes comme le vôtre dans des festivals comme le Primavera Sound ou Pitchfork alors que votre musique est parfaite pour ce genre de festivals ?

—Merci beaucoup ! Peut-être qu’un jour, on y jouera. D’abord, finissons Outnumbered et progressons étape par étape.

—Que peut-on attendre de votre concert au W Festival ?

—On devrait jouer vers midi le dimanche. On jouera des chansons de notre nouvel album, tout en essayant de rester cool pour les gens qui viendront de se réveiller. Je plaisante. On va se donner à 120 %. Pour jouer notre musique, il faut beaucoup d’énergie, alors on va donner tout ce qu’on a pour s’assurer que le public s’amuse.

Crédits photo (dans l’ordre) : Melanie Smith, Lars Lorenzen, photo live de Jules Roga, pochette Outnumbered de Henrik Fischlein

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