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Interview : John Fryer et Fakeba

par Violeta

Photo d’en-tête: Ana Yturralde

Dans la musique de John Fryer et de Fakeba s’unissent toute la tradition du continent noir, l’électronique la plus actuelle et le son de guitare qui a fait rêver toute une génération. Tous ces éléments créent quelque chose de nouveau et de merveilleux, qui s’appelle Jotna, qui sortira le 14 février. Pour les interviewer, nous aussi, nous avons pensé à une collaboration avec la prestigieuse revue en ligne ElektroSpank, qui s’est chargée des questions à la diva africaine. Les musiciens donneront un concert stratosphérique à Madrid et à Barcelone, le 12 et le 13 février.

Photo : Ana Yturralde

—El Garaje : Ce n’est pas tous les jours que nous avons la chance de parler avec quelqu’un qui a travaillé sur certains de nos albums préférés. À tes débuts, tu as participé à des projets de Bruce Gilbert et Graham Lewis, comme Dome, et à quelques albums sortis sous leur nom. Leur musique était unique et en avance sur son temps. Penses-tu que travailler sur ces albums a aidé ou défini ton travail par la suite?

John Fryer : Oui, en effet, ça m’a permis de grandir. C’était en quelque sorte le début de ma carrière musicale. Cette façon de travailler était très éducative et inspirante. La seule règle était que toutes les règles devaient être brisées. Les années 80 ont été une période expérimentale, avec beaucoup de musique expérimentale, qui passait de la musique avec des guitares à de la musique électronique. Cette période se rebellait contre les grandes maisons de disque. Tout cela était très inspirant.

—El Garaje : Tu as ensuite travaillé sur de nombreux projets des membres de Wire. Avais-tu une relation spéciale avec eux? On est fans de Duet Emmo, as-tu une anecdote que tu aimerais nous raconter, à propos de l’enregistrement de cet album?

—John Fryer : Effectivement, on a travaillé sur beaucoup de projets ensemble, que ce soit uniquement avec Graham Lewis ou Bruce Gilbert, ou les deux, ou sous des noms différents… Pour Duet Emmo, j’ai travaillé avec Daniel Miller, et Russell Mills, l’artiste. Il faisait des expérimentations avec le son. Matt Johnson a aussi participé. On était nombreux. Brian Eno a joué pour des chansons de He Said. Beaucoup de ces artistes ont donc collaboré.

—El Garaje : Tu as aussi produit les disques dans lesquels Cocteau Twins ont réussi à obtenir leur son. Comment as-tu fait? Tu as dit que l’AMS RMX16 Digital Reverb était ta marque pour les disques de 4AD.

John Fryer : Je l’utilisais tout le temps. Il y a peu, on était au NAMM de L. A., et récemment, ils ont commencé à fabriquer de nouveau cet appareil. Après l’arrêt de la fabrication, c’était devenu un objet de collectionneur et le prix avait explosé. Il avait un son unique, mon son. Je suis content que l’appareil soit de nouveau fabriqué. L’AMS Reverb et l’AMS Delay faisaient partie du son, tout comme les pédales de distorsion Boss. C’est comme ça que j’ai réussi à obtenir les sons de ma guitare.

—El Garaje : Continuons avec la saga 4AD et l’un de nos projets préférés : This Mortal Coil. Pour ce super groupe, tu as aussi écrit des chansons. Que peux-tu nous en dire ?

—John Fryer : This Mortal Coil est né, car le groupe Modern English a écrit deux chansons, «Sixteen Day» et «Gatering Dust», et les jouait ensemble, je crois. Ivo voulait les enregistrer, tout comme ils les jouaient en live. Les autres ont refusé. Du coup, Ivo leur a dit qu’il le ferait lui-même. Et on l’a fait ensemble, d’abord. Ensuite, «Song to the Siren» est devenue la face B. C’est ainsi qu’est né This Mortal Coil. Puis «Song to the Siren» s’est transformée en véritable classique. Il n’y avait que deux membres principaux du groupe, Ivo et moi. Les autres musiciens étaient des artistes invités, ils allaient et venaient, et jouaient les chansons. C’était la première fois que je composais. La moitié du projet était constituée de reprises et l’autre moitié de musique originale, qu’on écrivait entre Ivo et moi. Martin McCarrick faisait les arrangements des cordes et nous a été d’une grande aide. J’étais très impliqué.

—El Garaje : Quelques années plus tard naît un projet similaire : The Hope Blister. Que peux-tu nous en dire?

—John Fryer : The Hope Blister était plus un projet d’Ivo. Il a produit la musique et je crois qu’il a aussi fait appel à une chanteuse, Louise Rutkowsi. Il m’a demandé que je fasse des remix pour que le son soit semblable à This Mortal Coil.

—El Garaje : Tu as travaillé avec Michael Gira pour son projet Skin. Comment était-ce de travailler pour lui et Jarboe? Elle joue aussi dans un morceau de Black Needle Noise. Tu aimes les nouveaux disques de Swans?

—John Fryer : Une autre expérience unique. Je n’ai pas écouté le nouveau matériel, je préfère ce qu’ils faisaient avant. J’adore la voix de Jarboe, elle a chanté avec Neurosis et d’autres artistes. Elle enregistre encore des voix comme invitée sur certains disques. J’avais une chanson, et je lui ai demandé si elle voulait chanter dessus. Heureusement, elle a accepté.

—El Garaje : Quand tu as travaillé sur Pretty Hate Machine, avais-tu un groupe ou un disque de référence pour le son que tu souhaitais acquérir?

John Fryer : Non, j’essayais juste de repousser les limites de la technologie du moment, pour que le son soit aussi puissant que possible. Je n’ai pas utilisé de référence.

—El Garaje : Tu as dit que ta philosophie en tant que producteur consiste à aider les groupes à sortir leur disque. Que penses-tu de producteurs comme Todd Rundgren ou Phil Spector qui s’intéressent plus à leurs propres disques?

John Fryer : Je peux sortir mes propres disques, mais j’aime produire les autres, pour les aider à faire leur disque, à créer leur son, et faire que leurs rêves deviennent réalité. Chaque groupe, chaque personne qui compose a quelque chose de spécial, leur musique a quelque chose de spécial. Il faut seulement essayer de faire ressortir ce quelque chose pour en tirer le meilleur.

—El Garaje : Black Needle Noise est né des cendres de deux autres de tes projets antérieurs, DarkDriveClinic et Silver Ghost Shimmer. Que s’est-il passé avec ces projets?

John Fryer : DarkDriveClinic était le premier groupe. J’ai mis 25 ans pour terminer le disque. J’ai commencé à écrire les morceaux de DarkDriveClinic dans les années 80, quand je travaillais sur les disques de This Mortal Coil. J’ai eu du mal à trouver une chanteuse, jusqu’à ce que je tombe sur Rebecca. On a terminé le disque, puis on a fait la tournée de Californie. Le problème, c’est qu’elle avait déjà un autre groupe avec son mari, et deux enfants. Elle avait aussi un nouveau travail puis est tombée malade. Elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas continuer. Je ne voulais pas continuer avec une autre chanteuse. À cette époque j’étais aussi dans un autre projet musical, Muricidae. Pour Silver Ghost Shimmer, il s’est passé plus ou moins la même chose. J’avais composé la musique, j’ai connu Pinky, elle a chanté sur le disque, on a fait une tournée en Californie, puis, à cause de raisons personnelles, elle a arrêté. Après tout le temps passé à composer le disque et construire le projet, je me suis retrouvé sans rien. J’avais composé tout un tas de musique, de trop bonne qualité pour être laissée de côté. J’ai donc commencé Black Needle Noise. Je faisais ce que je voulais, avec la chanteuse avec qui je voulais travailler. J’ai une seule règle : les chanteuses ne chantent que sur une ou deux chansons. Ainsi, elles ne se compliquent pas la vie, le projet ne les accapare pas. Et ensuite…

—El Garaje : Partir en tournée avec un projet de ce genre doit être difficile, non?

John Fryer : L’année dernière, j’ai travaillé avec la chanteuse, Betty X à Austin (Texas). Phil Owen de Skatenings a demandé à South by Southwest si le festival voulait organiser un showcase. J’ai demandé à Betty si ça lui plairait de jouer en direct avec Black Needle Noise. Elle a accepté qu’on fasse un morceau, mais ça ne valait pas le coup pour moi de faire tout ce trajet pour un seul morceau. On en a donc travaillé cinq. Betty X, Anjela Piccard, Sean Haezebrouck et moi, on a créé le groupe. On a donné le concert et tout le monde s’est si bien amusé qu’on est de nouveau partie en tournée pour Hollywood, pour la sortie du deuxième disque, Lost in reflections. À notre retour d’Afrique, on va partir au Chili pour jouer avec Black Needle Noise. On espère pouvoir jouer plus de dates en Amérique du Sud, et il est même possible qu’on revienne en Europe. J’en ai parlé avec Manuel. On a aussi fait un documentaire, ou plutôt un rockumentaire sur le concert du Southwest. Notre amie Katherine Sweetman a enregistré et monté les vidéos pour en faire un documentaire.

—El Garaje : Que s’est-il passé avec ton label Something To Listen To? Ton nouveau label s’appelle Black Needle Noise Records, non?

—John Fryer : Des amis à moi font de la musique. C’est de plus en pus difficile de signer chez un label. Je trouvais que leur musique était trop bonne pour ne pas être publiée. Du coup, j’ai décidé de créer un label pour eux : je devais enregistrer la musique, produire, faire ingénieur… C’était beaucoup trop, il m’aurait fallu des journées de 28 heures, neuf jours par semaine… En plus, je devais travailler avec différents horaires et produire tous les groupes, leur trouver un marché, puis faire le travail du label.

—El Garaje : Avec Black Needle Noise tu as sorti, officiellement, deux disques. As-tu prévu d’en sortir plus?

John Fryer : Je dois terminer le troisième, mais je n’ai pas beaucoup de temps. Je travaille aussi avec d’autres artistes, je dois rester en Espagne un mois, et ensuite enregistrer un autre disque. Je dois terminer un morceau pour sortir le troisième disque, j’espère qu’on pourra sortir aussi une version vinyle. Je dois aussi terminer le matériel graphique, car c’est moi qui me charge de ça aussi. Et il me le faut pour pouvoir faire les CD et les cassettes. Quand j’ai commencé Black Needle Noise, je ne pensais pas faire de disque, je pensais sortir une chanson après l’autre, car c’est comme ça que le monde fonctionne maintenant. Les jeunes s’en fichent des disques, ils utilisent les plateformes de streaming ou téléchargent les chansons…

—El Garaje : Nous, on achète toujours des disques.

—John Fryer : Bon, j’ai des vinyles de couleur, rouge et bleu, le suivant sera vert. Tu peux aussi l’acheter en noir. On sort 300 disques, 150 noirs et 150 de couleur. Il suffit d’aller sur blackneedlenoise.com. On a aussi des T-shirts, des tasses, etc.

Photo : Ana Yturralde

—El Garaje : L’une des chansons de Black Needle Noise est ta première collaboration avec Fakeba. Comment vous êtes-vous rencontrés?

—John Fryer : Si je me souviens bien, Fakeba m’a écrit un mail où elle me demandait si je pouvais travailler avec elle sur un album. J’ai pensé qu’il valait mieux commencer par la présenter au reste du monde, en travaillant avec elle sur un morceau de Black Needle Noise. On a composé la chanson et on l’a sortie. Les gens avec qui je travaille, les médias, les revues, tout ça c’est un monde bien différent auquel elle n’avait pas encore été présentée. Je pensais que c’était mieux de la faire jouer sur l’un de mes morceaux, pour que les gens reconnaissent son nom. C’était une bonne tactique.

—ElektroSpank : Bonjour, Fakeba, merci pour cette interview en collaboration avec El Garaje de Frank. Est-ce que tu pourrais te présenter en deux mots à nos lecteurs? Comment as-tu commencé à t’intéresser à la musique électronique?

Fakeba : Je m’appelle Fakeba, je suis Sénégalaise, j’ai commencé la musique à l’âge de 17 ans. Je faisais de l’acoustique et en 2014, je me suis lancée dans la musique électronique. 

—ElektroSpank : D’accord, et comment est-ce que tu as commencé à t’intéresser à la musique électronique

Fakeba : Je joue de la guitare basse. J’ai toujours aimé tout ce qui est rock, tout ce qui est fort, j’aime danser, j’aime l’énergie. J’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique, car mon mari l’adore. C’est lui qui m’a attirée vers ce monde.

—ElektroSpank : Au passage, quel artiste de musique électronique écoutes-tu?

Fakeba : En fait à la base, je ne connaissais pas la musique électronique. En Afrique, on n’en écoute pas. Mon mari écoutait beaucoup Black Needle Noise, Flash Zero, et beaucoup d’autres artistes.

—ElektroSpank : Peux-tu m’en dire plus sur ta collaboration avec Canabasse?

Fakeba : Canabasse est un rappeur sénégalais très célèbre. J’aime aussi rapper. On s’est rencontrés, encore une fois par l’intermédiaire de mon mari. Ensuite, on a fait son «Kharouma Goor» qui a fait beaucoup de bruit au Sénégal. 

—ElektroSpank : Tu as sorti deux singles avant l’album Made in Africa, comment ont-ils été reçus par le public?

Fakeba : C’était la première fois que les Sénégalais entendaient de la musique électronique chantée en wolof. Pour moi, honnêtement, il est temps que, nous, les Africains, on commence à mettre en valeur notre langue. Par là, je veux dire le wolof ou autre, tu vois. Je peux très bien chanter en français ou en anglais, mais je préfère chanter en wolof, pour faire savoir la langue, pour dire que la musique n’a pas de frontière, qu’elle n’a pas de langue, qu’elle n’appartient à aucune langue ou pays. La musique est pour tout le monde. Les gens ont aimé. Ça les a choqués, c’est vrai, mais au final, ils ont dit «Waouh»! Maintenant, des musiciens commencent à faire de la musique électronique au Sénégal.

Photo : Ana Yturralde

—ElektroSpank : Tu as lancé un mouvement.

Fakeba : Oui. Je suis la première à avoir fait ça au Sénégal. 

—ElektroSpank : On retrouve sur ces singles des versions et remix de plusieurs artistes. Ton premier travail avec Big Toxic s’appelle «Fabe». Comment avez-vous eu l’idée de cette collaboration

Fakeba : Big Toxic est un ami de mon mari, c’est comme ça que je l’ai connu. J’ai commencé à chanter sur sa musique, et c’est venu comme ça. 

—ElektroSpank : Ces singles sont-ils un exemple de la variété de tes influences et inspirations musicales?

Fakeba : Oui. Comme je l’ai dit avant, la musique qu’écoutait mon mari m’a influencée. «Fabe» veut dire «venez». Par là, je veux dire venez découvrir un autre monde, une autre musique. C’est surtout destiné à la jeunesse. Beaucoup de jeunes pensent qu’il faut juste faire de la musique 100 % d’Afrique noire. Moi, je suis ouverte d’esprit. Pour moi, la musique n’a pas de frontière, le monde appartient à tout le monde, et on peut faire ce qu’on veut.

—ElektroSpank : J’aimerais qu’on parle de ton album Made in Africa, sorti en 2018. Que peux-tu nous en dire? Quel est le concept derrière cet album? Que peux-tu nous dire sur la tournée Made in Africa?

Fakeba : Pour Made in Africa, on a fait le tour du Sénégal. On a fait le tour de l’Afrique. Cet album, je l’adore, car je parle de l’Afrique. Je parlais aux Africains. Je ne représente pas le Sénégal, mais l’Afrique. Dans certaines chansons, je dis que la musique n’a pas de frontière, je parlais aussi des jeunes en Afrique, je parlais aussi des vieux, à tous ces gens qui ne font rien. Je leur disais : «levez-vous, arrêtez de regarder en arrière». Y’a plus d’esclavage, mais je pense que l’esclavage aujourd’hui, ce sont les gens qui se l’imposent, en fuyant leur identité, en essayant de ressembler aux autres, de vivre comme les autres. Je parlais aussi de ça. Je parlais aussi de la langue, par exemple, dans les aéroports, pourquoi on ne parle pas wolof, comme on parle français ou anglais. Dans nos aéroports, on n’entend que du français. Et au Sénégal, tout le monde ne comprend pas le français. Tout le monde ne comprend pas le wolof non plus.

Photo : Ana Yturralde

—ElektroSpank : Ta musique semble se concentrer plus particulièrement sur des lignes electropop, mais utilises-tu aussi des éléments de ton pays d’origine, le Sénégal?

Fakeba : Oui, pour la voix. La voix est 100 % africaine, et je chante uniquement en langue africaine, que ce soit en Wolof ou autre.

—El Garaje : Par curiosité, il y a combien de langues en Afrique

Fakeba : Mille milliard. Déjà au Sénégal, y’a presque cinq six, sept langues différentes, mais le wolof est la principale.

—ElektroSpank: Quels artistes sénégalais ou africains aimes-tu ou t’inspirent?

Fakeba : Quand j’étais petite, j’écoutais de la musique mandingue, car je suis métissée peul et mandingue. J’écoutais Mamadou Diabaté, et beaucoup d’artistes africains. Je n’écoute pas uniquement les artistes sénégalais. J’écoute tout le monde.

—ElektroSpank : Je vais revenir sur la scène de musique électronique, mais d’après ce que j’ai compris, elle n’est pas très présente en Afrique, ni à Dakar, ni au Sénégal, ni en Afrique, non

Fakeba : La scène n’est pas très présente, mais les jeunes commencent à aimer d’autres musiques, comme la musique électronique. Peut-être que des gens voulaient le faire, mais ils n’osaient pas. J’ai osé le faire.

—ElektroSpank : C’est super, il fallait quelqu’un pour lancer tout ça. Au fait, que peux-tu nous raconter sur ton projet avec Covenant et Kirlian Camera? Ou l’album produit par Dirty Playerz?

Fakeba : Comme je disais, eux aussi je les ai connus via mon mari. J’organise des festivals chaque année de musique électronique au Sénégal. Je les ai invités et les ai amenés pour la première fois. C’était la première fois qu’ils venaient en Afrique noire. Les gens ont aimé. Eux aussi étaient choqués, c’était la première fois qu’ils voyaient un public avec des milliers de Noirs. Tout le monde dansait. Après ça, on a gardé de bons contacts, on a voulu faire des chansons ensemble aussi. 

—El Garaje : C’est toi qui organises le festival, donc?

Fakeba : Je l’ai organisé avec mon mari à Dakar, et tout s’est bien passé, les gens ont adoré.

Photo : Ana Yturralde

—ElektroSpank : Parlons enfin de Jotna, votre nouvel album, qui va sortir bientôt. Qu’avez-vous prévu pour la promotion

Fakeba : Jotna, veut dire «c’est le moment». On doit faire une tournée en Afrique au mois d’avril. Ensuite, on a prévu de faire une tournée en Europe.

John Fryer : Le premier single, DaKaR, est déjà sorti et a obtenu de très bonnes critiques. Le prochain single sortira le 14 février, je crois. Tout est prêt. Pour le disque, on est en train de voir avec Manuel pour sortir une triple édition sur vinyle. Avec un joli design. Pour les couleurs des vinyles, on verra, peut-être qu’on le sortira en trois couleurs différentes.

—El Garaje : John, tu as écouté de la musique africaine dernièrement?

John Fryer : Oui, j’écoute de tout. Je n’aime pas me limiter à un genre. C’est l’une des autres raisons pour laquelle j’ai décidé d’inviter Fakeba à chanter sur un morceau de Black Needle Noise. Je voulais montrer aux gens le fait que l’anglais n’est pas la seule langue au monde. Dans sa critique du single, un journaliste a écrit : «si un jour on m’avait dit que je serais assis, en train d’écouter une espèce de morceau de musique industrielle avec des voix africaines, je me serais moqué de cette personne. Pourtant, c’était le cas : j’étais en train d’écouter ça, et ça sonnait bien». Ça fonctionne.

Photo : Ana Yturralde

—ElektroSpank : C’est plutôt courageux de sortir un album avec du chant en wolof, non?

John Fryer : Une bonne mélodie reste une bonne mélodie. Tu peux accompagner la mélodie en chantant. Je ne connais pas les paroles, mais je peux faire des bruits comme en wolof. Une bonne mélodie est une bonne mélodie, peu importe la langue dans laquelle elle est chantée. La musique pour danser est plus une question de sentiment. Si elle te rend heureux et que tu peux danser dessus, en quoi la langue est-elle importante? Tous ceux qui sont venus aux répétitions ont fini par danser.

Fakeba : Des gens me disaient qu’il fallait que je chante en anglais ou en français, il faut que ce que tu chantes soit compréhensible. J’ai dit non, les autres chantent dans leur langue, et moi dans la mienne. Si tu aimes, tu aimes, si tu n’aimes pas, tu n’aimes pas. 

—ElektroSpank : Vous avez enregistré l’album à Madrid, à Dakar et à Los Angeles. Est-ce difficile de travailler en vivant dans des endroits aussi éloignés et différents?

—Fakeba : Non, car j’enregistrais à Dakar aussi. Je venais aussi à Madrid pour enregistrer, puis j’envoyais tout.

John Fryer: Comme pour Black Needle Noise, on a tout fait à distance. Je compose la musique, je l’envoie à la chanteuse, la chanteuse fait ses parties, puis me les renvoie, et moi je mixe le tout. Internet est fantastique pour travailler, mais vraiment mauvais pour les affaires. C’est plus facile de travailler de la sorte. La chanteuse peut travailler sur le morceau quand elle veut. En plus, de nos jours, la majorité des chanteurs ont un studio maison où ils peuvent répéter. Plus besoin d’avoir honte de chanter faux, ils peuvent réenregistrer la mélodie, c’est plus simple pour eux. J’envoie la musique, sans savoir ce qui me reviendra. C’est toujours une bonne surprise qui élève la musique à un autre niveau.

—El Garaje : De quoi parlent les paroles de vos chansons?

Fakeba : « Jotna » parle du fait que le moment est venu de tout changer, qu’il n’y a plus de frontières, qu’il n’y a plus de racisme, plus de problème entre les gens. Je chante aussi sur le thème des marabouts et du vaudou. Pour « DaKar », je parle de la pollution. 

—John Fryer : Quand on était à Dakar, dans la voiture, on voyait des amoncellements de restes de voitures.

Fakeba : Les vieilles voitures européennes, on nous les envoie en Afrique. Il y a donc beaucoup de pollution. Je chante aussi sur la mer, qui est le miroir du monde. Je chante aussi sur les enfants, car j’ai une association, qui s’appelle Le Monde de Fakeba, avec laquelle on aide des orphelins africains. Je ne fais pas seulement de la musique.

—John Fryer : Depuis que je suis revenu, j’ai travaillé sur d’autres projets musicaux parlant du réchauffement climatique, de la pollution dans le monde. On ne devrait pas se trouver dans cette situation, le monde ne devrait pas être dans cet état. Quand je suis revenu, j’ai composé la musique, et la musique m’a parlé avec les mots «Dakar, tu dois en finir avec cette fumée toxique avant qu’elle ne tue tout le monde». Ensuite, j’ai écrit la ligne de chant et j’ai envoyé tout ça à Fakeba, qui m’a dit qu’elle aussi, elle avait des paroles sur la pollution.

—El Garaje : Fakeba, tu es aussi ambassadrice de Roland pour l’Afrique, c’est ça?

Fakeba : Oui, je joue avec leurs instruments.

—El Garaje : Pour une fois qu’une femme est ambassadrice de quelque chose…

Fakeba : Oui, parce que les femmes sont toujours réprimées. Mais on ne se laisse plus faire. On respecte nos maris, mais on a les mêmes droits.

—John Fryer : Roland est aussi mon sponsor. Je les ai mis en contact avec Fakeba, car on utilise beaucoup de leur matos en direct. Faire connaître la marque dans le reste du monde est une bonne idée. Ils soutiennent de nombreux artistes.

—El Garaje : Que pouvez-vous avancer sur vos concerts à Madrid et à Barcelone? Vous nous avez manqué au DarkMad.

—John Fryer : J’aurais aimé venir, mais je n’ai pas pu sortir d’Amérique. Du coup, on a dû annuler le concert. Maintenant, je peux de nouveau me déplacer librement. Le concert va être surprenant, ici et à Barcelone. Tout un tas d’organisateurs vont venir.

—El Garaje : Une dernière chose que vous voulez ajouter?

Fakeba : Déjà je vous remercie de nous avoir accueillis ici. J’espère que vous allez venir nous voir au concert. Je suis très contente de travailler avec John. C’est une belle personne. Je le vois un peu comme moi, sur scène on a une certaine folie que j’adore. Moi j’aime pas la musique molle, j’aime tout ce qui est énergique. C’est quelque chose que je vois en lui, et ça me fait plaisir.

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