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Interview : TV Smith

par François Zappa

Jamais je n’oublierai ce que j’ai ressenti en écoutant « One Chord Wonders » pour la première fois. Il en émanait une rage qui n’était pas commune chez les disques d’AOR que j’écoutais à l’époque. Un déclic s’est produit. C’est à partir de ce moment que j’ai aimé le punk. Plus de vingt ans plus tard, je trouve encore plus nécessaire de retrouver ces racines dans les musiques de Adverts. C’est un véritable honneur pour nous que de pouvoir parler avec TV Smith, créateur de plusieurs hymnes de punk et de beaucoup, beaucoup plus.

–Jusqu’à présent, vous avez écrit 5 tomes de notes sur vos tournées. Comment vous est-il venu à l’idée d’écrire sur vos expériences ?

–Je n’ai jamais pensé que j’écrirais 5 tomes. J’ai juste commencé à raconter ce qui se passait quand j’étais en tournée, parce que j’ai pensé que les gens pouvaient être intéressés par la façon dont elles se déroulent vraiment. Pour le public, tu apparais sur la scène le soir. Mais ce qui t’y a amené reste un véritable mystère. Je crois que la majorité des gens pensent que le matin, tu pars de l’hôtel, tu montes dans le bus de la tournée et que tu arrives au concert. Et c’est tout. C’est peut-être le cas pour certains groupes célèbres. Mais, pour les musiciens indépendants, la réalité est toute autre. Il y a beaucoup de défis, de choses amusantes, difficiles et même terrifiantes qui nous arrivent en route.

–Vous êtes en tournée avec les Bored Teenagers. Pensez-vous qu’il s’agit du groupe idéal pour jouer vos morceaux ?

–Oui. Ils sont enthousiastes et se consacrent à la transformation des chansons de The Adverts en versions qui plaisent sur la scène de 2017. Ils sont même capables de vraiment bien jouer les nouvelles chansons. Le problème, c’est qu’ils vivent en Espagne, et que moi je vis en Angleterre. Ça signifie qu’on ne peut faire des tournées que de temps en temps. Mais bon, je crois qu’on se complète mieux que beaucoup d’autres groupes qui sont continuellement en tournée. Nous sommes de bons amis. Nous ne nous disputons jamais et nous essayons toujours de jouer du mieux que nous pouvons.

–Existe-t-il un groupe récent qui vous plaît particulièrement ? Que pensez-vous de la musique moderne ?

–Je crois sincèrement que la bonne musique ne disparaît pas. Elle est juste ignorée par l’industrie discographique. J’écoute beaucoup de groupes et de musiciens en solo que j’aime, mais rien à la radio ou à la télévision commerciale. Il y a aussi beaucoup d’artistes vétérans, comme moi, qui créent encore de la bonne musique et que personne n’écoute non plus. Il n’y a pas de musique moderne, juste de la musique. L’âme et l’esprit qui créent ne changent jamais.

–Que pouvez-vous nous dire sur le réenregistrement de vos chansons avec Die Toten Hosen pour la compilation Useless ?

–Ça a été une grande occasion pour moi de profiter du luxe d’un studio professionnel pour enregistrer et d’un grand groupe avec qui le faire. Die Toten Hose étaient de grands fans de mes chansons, mais la majorité des disques que j’ai faits jusqu’à présent ont été enregistrés avec un budget très bas, et avec différents musiciens dans différents studios, très souvent économiques. Il n’y a rien de mal à ça, mais l’idée de Useless était d’associer les meilleures chansons et de leur donner un son cohérent et un bon accompagnement. Nous avons été très contents du résultat.

–Enfin, nous avons une réédition de la musique de Cheap. Pensez-vous que ces chansons méritaient un meilleur sort ?

–Pour être honnête, je crois que toutes les chansons que j’ai écrites depuis que The Adverts se sont séparés auraient pu connaître un meilleur sort, mais c’est comme ça. Cheap a été une expérience particulièrement douloureuse pour moi, car nous avons fait le disque dans des circonstances particulièrement difficiles. Aucune compagnie ne voulait financer l’enregistrement. On a finalement fait appel à un studio qui était sur le point d’être ruiné. On travaillait la nuit, pour avoir un tarif horaire plus économique. Quand finalement on a terminé le disque, personne ne voulait le publier. Je n’ai pu le publier moi-même que quelques années plus tard, quand le groupe s’était déjà séparé. J’ai ensuite publié de nouveau une version remastérisée avec quelques morceaux qui ne figuraient pas dans la première version et des Peel Sessions, qui sont les meilleures que le groupe ait jamais faites. Je suis content que ce matériel soit publié et que les gens puissent l’écouter. J’ai encore quelques disques sous la manche qui n’ont pas été publiés pour le moment…

–Quelle relation aviez-vous avec Stiff Records ? Beaucoup de rumeurs circulaient sur leur façon étrange de diriger l’entreprise.

–Ils étaient vraiment uniques. Travailler avec Stiff avait ses avantages et ses inconvénients. Étant donné que le label avait un fort caractère, ils avaient un contrôle presque total sur la façon dont les disques sortaient et se commercialisaient. C’est ainsi qu’ils préservaient l’image du label, bien sûr. Cependant, cela signifiait aussi que les groupes n’avaient que peu de contrôle sur la façon dont la musique se présentait. Je ne me plains pas, faire partie de Stiff a été un grand pas en avant pour les Adverts.

–De Channel 5 à I Delete, vous avez sorti 9 disques. Lesquels recommanderiez-vous à quelqu’un qui a seulement écouté les deux disques des Adverts ?

–De les écouter tous, s’il peut les trouver ! Sérieusement, c’est une question très difficile. Pour commencer, les deux disques des The Adverts ont un son complètement différent l’un de l’autre. J’ai essayé de ne pas me répéter pendant les 40 dernières années. C’est pourquoi chaque disque a une approche et un style différents. La seule chose qui les connecte est la façon d’écrire les chansons. Je crois avoir été cohérent sur ce point. Si tu aimes les chansons des disques des The Adverts, je crois que tu peux aimer les chansons des autres disques.

–Et nous devons maintenant passer à la question obligatoire sur Crossing the Red Sea with the AdvertsDonnez-nous votre ressenti sur l’enregistrement avec Larry Wallis. Pensez-vous que le disque aurait sonné de façon différente si le producteur avait été Nick Lowe (l’autre producteur de Stiff Records) ?

–Larry Wallis a enregistré « One Chord Wonders » pour nous chez Stiff. Ensuite nous avons de nouveau fait appel à lui pour enregistrer « Gary Gilmore’s Eyes », qui a été enregistrée par Anchor Records. Nous avons de nouveau changé de label pourCrossing the Red Sea et nous avons demandé à John Leckie s’il voulait nous produire. Je crois que les deux ont fait du bon travail. Larry a été parfait pour les singles et John pour l’album. Ça aurait aussi été fabuleux de travailler avec Nick Lowe. J’adore la production du premier disque de The Damned et je suis également un grand fan de ses récents disques en solo.

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